LA GUIERCHE (Sarthe)

Franchissement de la Sarthe

 

LA GUIERCHE

Groupement Tactique DIO
Sous-groupement FARRET

Premiers combats

Sitôt ses ordres donnés, le Général s’est porté sur la petite place du faubourg de La Chapelle-Saint-Aubin, aux lisières nord du Mans.
De là, il verra monter ses colonnes.

Sitôt reconnu il est l’objet de nombreuses sollicitudes : on lui offre une chaise, là, sur la place, puis un bouquet. Puis on l’installe au café du coin. Puis à la cure. Il s’efforce d’y répondre de son mieux : mais d’elles-mêmes les bonnes volontés s’effacent quand elles réalisent de quoi il s’agit.

L’étroit pavé ne tarde pas en effet à trembler sous les premiers chars, les calmes façades disparaissent dans la poussière, l’air vibre et se dessèche de l’échappement des Diesel.

Un par un, chars, half-tracks, véhicules apparaissent à l’angle, qu’on s’attend chaque fois à voir écorner, virent en changeant de régime, font place au suivant. Ainsi pour un millier d’entre eux, toute la soirée et toute la nuit. Et comme aux ponts qui sont un peu plus loin ça ne marche jamais tout seul, que l’un d’entre eux sera même longtemps impassable et qu’il faut se mettre en place en pleine nuit, sans l’avoir reconnue, dans une minuscule tête de pont où sont déjà les Américains, vous pouvez imaginer de nombreux à-coups, et que ni civils ni militaires ne dormirent beaucoup cette nuit-là.

(La 2e DB- Général Leclerc -En France – combats et combattants – 1945)

 Le matin du 10 août, Souillé et La Guierche étaient investis par les compagnies du régiment de marche du Tchad appartenant au groupement Dio.
Les chars du 12e cuirs s’installaient alors en tête de la progression vers Saint- James, Montbizot et le Boulay.
Un combat intense était livré à Maresché où les hommes de la 2e D.B. capturaient un bon nombre de prisonniers.
Le soir, Beaumont, Vivoin et Mlle étaient libérés et occupés. De son côté, le sous-groupement Massu progressait vers Ballon, lorsqu’il lui était demandé d’épauler Minjonnet qui venait de perdre quatre Sherman et dont trois autres avaient des difficultés de fonctionnement.
Il y avait quatorze tués dont deux officiers et deux sous-officiers.
La colonne de secours progressait rapidement et observateurs et les tireurs étaient aux aguets.
La ferme de La Saunerie était tout juste dépassée… lorsqu’une explosion sourde se faisait entendre. Un nuage de flammes vives s’abattait sur les blindés placés en tête de colonne. Un lance-flammes ennemi venait d’entrer en action. Le contact était brutal.

L’infanterie ennemie profitait, elle aussi, d’une position proéminente créée par les hauts talus pour tirer avec des armes automatiques.Les marsouins du R.M.T. se ressaisissaient devant cène avalanche de feu et montaient à l’assaut des talus en tirant sans discontinuer.
Ils reprenaient la situation en main, mais l’adversaire résistait avec opiniâtreté.

L’adjudant-chef Quantin, un Français libre de 1940. : à l’aise, debout dans son half-track équipé d’une mitrailleuse de 50, neutralisait les Allemands qui étaient alors incapables de contre-attaquer devant le pont de La Saunerie.
Hélas !… le half-track était atteint par un obus. Grièvement blessé au ventre, Quantin donnait un bel exemple de sang-froid et de courage, mais il devait succomber à ses blessures.
Avant cela, le commandant Massu s’était penché vers lui en précédant les ambulanciers. Le sous-officier, très pâle, esquissait néanmoins un sourire et lui disait : C’est idiot mon commandant de mourir le premier jour !… puis, dans une dernière plaisanterie, il ajoutait dans son dernier souffle : La Saunerie, une belle Saunerie, avec un « C » au lieu du « S » c’est une belle connerie…

Suivant de très près la progression, le général Leclerc installait provisoirement son quartier général à Ballon et décidait de faire pousser vers Lucé-sous-Ballon et Meurcé.
Sur la droite de l’axe, à Mézières-sur-Ponthouin, l’engagement était si rude que l’on enregistrait la mort de dix-sept hommes et la destruction de plusieurs half-tracks et chars.
Ces derniers appartenant au 12e chasseurs.Au même instant, le G.T.D. rencontrait à Doucelles une forte résistance ennemie et les combats devenaient violents.
Le 4e escadron du 12e cuirs perdait deux Sherman mais détruisait quatre blindés ennemis.
La 3e compagnie du R.M.T. qui l’accompagnait enregistrait quatre tués dont le lieutenant Bissagnet, et l’adjudant-chef Delacroix ; il y avait également de très nombreux blessés qui étaient soignés par le lieutenant Karcher, alors que les morts étaient enterrés dans le cimetière du village avec l’assistance de la population restante.Le lendemain, le village de La Hutte était atteint, mais l’ennemi y défendait l’important carrefour de la nationale 138 (Le Mans – Alençon) et la départementale 310 (Fresnay -Mamers). Mais, si le combat était des plus sévères, l’énergie invincible des divers détachements permettait, après plusieurs attaques, d’occuper La Hutte, Saint-Germain et Coulombiers.

(Guy Merle – L’Esprit LECLERC – Sur les chemins de la Liberté” )

SARTHE - 1944

La GUIERCHE - Infos pratiques

 

 

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