COULOMBIERS – (Sarthe)

 

COULOMBIERS

GROUPEMENT TACTIQUE DIO
Sous-groupement NOIRET

 

Premiers combats

Sitôt ses ordres donnés, le Général s’est porté sur la petite place du faubourg de La Chapelle-Saint-Aubin, aux lisières nord du Mans.
De là, il verra monter ses colonnes.

Sitôt reconnu il est l’objet de nombreuses sollicitudes : on lui offre une chaise, là, sur la place, puis un bouquet. Puis on l’installe au café du coin. Puis à la cure. Il s’efforce d’y répondre de son mieux : mais d’elles-mêmes les bonnes volontés s’effacent quand elles réalisent de quoi il s’agit.

L’étroit pavé ne tarde pas en effet à trembler sous les premiers chars, les calmes façades disparaissent dans la poussière, l’air vibre et se dessèche de l’échappement des Diesel.

Un par un, chars, half-tracks, véhicules apparaissent à l’angle, qu’on s’attend chaque fois à voir écorner, virent en changeant de régime, font place au suivant. Ainsi pour un millier d’entre eux, toute la soirée et toute la nuit. Et comme aux ponts qui sont un peu plus loin ça ne marche jamais tout seul, que l’un d’entre eux sera même longtemps impassable et qu’il faut se mettre en place en pleine nuit, sans l’avoir reconnue, dans une minuscule tête de pont où sont déjà les Américains, vous pouvez imaginer de nombreux à-coups, et que ni civils ni militaires ne dormirent beaucoup cette nuit-là.

(La 2e DB- Général Leclerc -En France – combats et combattants – 1945)

 

501ème R.C.C.

 

11 août 
La journée du 11 août débute par le départ du régiment à 7 heures. 
Le GTV est divisé en deux sous-groupements, le premier aux ordres du colonel Warabiot situé à l’est et comprenant les 1ère et le 2e Cie de chars (2/501) et le P.C du régiment, le second (SGP) aux ordres du commandant Putz (chef du III /RMT) comprenant les 2e et 3e Cie du régiment.
Le colonel Billotte et son état-major marchent quant à eux avec le sous groupement Warabiot (SGW). 
A 14h, le SGW arrive à 1500 mètres au sud-est de Coulombiers après avoir traversé les bourgades de Ballon, Lucé, Doucelles et Le Coudray.

A ce moment le sous groupement se redivise de part et d’autre de la route dans un dispositif d’avant-garde. L’état-major du sous-groupement s’installe à la sortie est de Coulombiers.
Pendant son avance, il a capturé 3 soldats allemands aussitôt remis au GTV pour être interrogés. 
Vers 20h30, le SGW installe un dispositif défensif à 1500m au nord de Coulombiers avec pour mission de couvrir le sous groupement et de servir de flanc-garde à l’est et au sud du sous groupement Dio (SGD). 

Ce dispositif est composé de la 1/501, d’une compagnie d’infanterie, d’une section génie, la section de mortiers et la section de 105 du régiment. 
Le colonel Warabiot installe son PC avancé au centre du dispositif, le reliquat de son PC reste à son emplacement initial de 14h.

De son côté le SGP atteint le carrefour de la Hutte vers 13h.
Il pousse aussitôt une reconnaissance composée d’un peloton appuyé par une section de la 3/501, une de la 4/501 et d’une section d’infanterie.

 

COULOMBIERS :
LE 12EME CUIRASSIER ET LA 2EME D.B. ACCROCHÉS PAR LES TROUPES ALLEMANDES.
LES PREMIERS SOLDATS FRANÇAIS MORTS EN SARTHE.

Il est 6 heures du matin, quelques rafales de mitrailleuse sonnent le réveil de la population, soudain, un char du 12e CUIR débouche en face de la poste, à l’angle de la maison de Monsieur Gremeissen, les habitants du bourg, Monsieur Lazarus en tête, suivi de Monsieur Jean Lardeux sortent des maisons et s’empressent autour des soldats.

Après un bref arrêt, les blindés se lancent à la poursuite de l’ennemi par la route de Rouessé-Fontaine ;  deux d’entre eux stationnent encore quelques instants, l’un sur la place, l’autre devant la poste, puis reprennent leur progression.

Alors, la cloche de l’église, agitée vigoureusement par de bonnes volontés sonne la victoire et traduit l’allégresse générale, les drapeaux sont accrochés aux fenêtres.

Hélas ! Monsieur Clovis Tetedoux qui, tout à la joie, vient converser avec les occupants d’un nouveau char tombe sous une rafale d’arme automatique déclenchée par inadvertance et qui, par ricochet, vient blesser une femme à la jambe.

L’infanterie d’accompagnement, arrivée de tous côtés, disparaît à son tour rapidement, entourée d’un nuage de poussière et dans le fracas des moteurs ; 
des pièces d’artillerie sont placées autour du bourg pour réduire la défense allemande de Rouessé-Fontaine.

Bientôt, les premiers blessés sont amenés et installés dans un hôpital improvisé afin de recevoir les premiers soins ; 
la cuisine de Madame Bastien, transformée en Chapelle ardente, accueille les corps de quatre soldats tués.

Alors que le combat se poursuit plus loin, des G.M.C. conduisent des prisonniers en captivité, sous les huées de la population.

Le lendemain, dans le choeur de l’église, cinq cercueils disparaissent sous d’innombrables fleurs ;
les servants d’un char en détresse montent une garde d’honneur auprès de leurs compagnons d’armes. 
Toute la paroisse est là pour rendre un dernier hommage aux morts de la journée de la Libération et entendre les nobles paroles de leur pasteur, l’Abbé Guesdon.

12e RÉGIMENT DE CUIRASSIERS
EXTRAIT DU JOURNAL DE MARCHES ET OPÉRATIONS
(Source : www.chars-francais.net)

 

11 Août 1944.
À partir du 11 Août 1944, le G.T.D. est fractionné en deux sous-groupements :
– 1°: sur l’axe MEURCE – VIVOIN – LA HUTTE – ALENÇON, le bataillon FARET moins les compagnies GRALL et SAN MARCELLI, renforcé du 2ème Escadron (Capitaine d’ORGEIX), du 3ème Escadron du R.B.F.M. moins un peloton, le tout sous les ordres du Chef de Bataillon FARET.
– 2°: sur l’axe CHERANCE – ROUESSE-FONTAINE – BOURG-LE-ROI – CHAMPFLEUR – ALENÇON, le reste du G.T.D. aux ordres du Lt-Colonel NOIRET.
Le Capitaine commandant le 2ème Escadron reçoit l’ordre de détacher un de ses pelotons avec un élément dépendant du Commandant FARET et opérant à l’Ouest de l’axe.
Le reste du 2ème Escadron, sous les ordres du Capitaine d’ORGEIX, reçoit d’autre part la mission de constituer l’avant- garde du Sous-Groupement FARET, les éléments de reconnaissance de ce sous-groupement ayant été éprouvés par des attaques aériennes.
Le peloton PÉRIER est envoyé en pointe. Il réduit de nombreux éléments d’infanterie ennemis dans le village de La Hutte et progresse au-delà. De nombreux éléments d’infanterie, ainsi dépassés et désorganisés, viendront se rendre aux unités d’infanterie amies qui suivent la progression des chars.
Le peloton PÉRIER continue sa marche en avant et dans la ligne droite située entre La Hutte et La Route tombe sur de nombreux canons antichars Allemands.
Un très violent combat a lieu, au cours duquel le peloton PLUSQUELLEC est engagé en renfort.
La progression des pelotons PÉRIER et PLUSQUELLEC est finalement bloquée par une très dure résistance antichar et chars ennemis, placés dans un terrain défavorable à l’attaque des chars (impossibilité de sortir de la route).
Trois chars du peloton PÉRIER et deux chars du peloton PLUSQUELLEC, dont les chars de ces deux chefs de peloton, sont détruits.
Un quatrième char du peloton PÉRIER reviendra en flamme jusqu’à La Hutte, et le feu ne pouvant être éteint, brûlera entièrement.
L’ennemi a perdu de nombreux tués et blessés, et au moins un char, aux lisières de FYE.
Il convient, ici, de signaler quelques actes de courage remarquables :
– Près de LA HUTTE, le Cuirassier LOUVET, conducteur d’un char, alors que son char venait d’être percé par 2 coups de canon et que le tireur venait d’être décapité à son poste de combat, que les autres membres de l’équipage étaient blessés, lui-même blessé, et que les quatre chars voisins brûlaient, a trouvé la force de faire demi-tour, de ramener son char toujours en flamme à un kilomètre en arrière, après avoir aidé tout l’équipage blessé à sortir du char. LOUVET n’a consenti à se faire évacuer que lorsque toutes les tentatives faites pour éteindre l’incendie de son char et de le sauver se furent révélées vaines.
– Moins spectaculaire, mais aussi méritoire, fut le cran montré par les blessés des chars brûlés au Nord de LA HUTTE, parmi lesquels il faut citer le M.d.L. GUILLOT, les cuirassiers MOLLINIER, SAINT-MARTIN, RAVON, qui avant leur évacuation, tinrent à fournir tous les renseignements qu’ils avaient pu obtenir sur l’emplacement des canons et chars ennemis qui venaient de mettre hors de combat les chars de leurs pelotons.
– Enfin c’est le M.d.L. MATHIEU et son équipage, qui, seuls survivants de leur peloton, après les combats de la matinée, repartent dès l’après-midi comme premier char, en avant de tout autre élément, pour attaquer les armes ennemies qui venaient de détruire 6 chars de leur Escadron.
Le Capitaine d’ORGEIX réunit les restes des pelotons PÉRIER et PLUSQUELLEC, les renforce d’un char de commandement, et en forme un peloton aux ordres du S/Lieutenant BUREAU.
Dans l’après-midi, le Capitaine d’ORGEIX reçoit l’ordre de réduire ces armes antichars et de continuer la progression.
L’opération est menée par le peloton BUREAU qui exécute une manoeuvre de débordement par l’Est de la route, dans un terrain très difficile, où l’on doit à plusieurs reprises, faire précéder les chars par des membres des équipages à pied ; le village de LA ROUTE est pris.
De nombreux prisonniers sont faits (22 se rendent à l’instant, 15 se rendent à l’Infanterie qui n’a pu rejoindre les chars qu’une demi-heure plus tard).
Les chars poursuivent l’ennemi jusqu’à ARCONNAY. Là, l’Escadron reçoit l’ordre de
se regrouper pour la nuit à LE PONT-OSSEAU.
Pendant la journée, le peloton BRIOT (détachement Ouest) a également exécuté un travail d’avant-garde et a rencontré de grandes difficultés de terrain. Deux de ses chars resteront embourbés jusqu’au lendemain. Il a détruit dans la journée 2 canons antichars et provoqué la reddition de quelques prisonniers. Il participe à la prise du village de FRESNAY.

Le 3ème Escadron, sur ordre du Colonel, s’installe en garde vers l’Est, le S-E. et le N. à COULOMBIERS.
Installation terminée à 09H30.
Le peloton De COLOMBEL étant allé reconnaître CHERANCE, ce village se révèle tenu par de l’infanterie et des canons antichars.
À 12H15, le Lieutenant NOËL reçoit l’ordre de se mettre aux ordres du Chef d’Escadrons ROUVILLOIS pour attaquer BOURG-LE-ROI.
Pour cette attaque, le Chef d’ Escadron ROUVILLOIS dispose :
– de l’Escadron NOËL,
– d’un peloton de T.D.,
– de la Compagnie SAN MARCELLI.
Attaque mise en place entre LA HUTTE, d’où le 2ème Escadron ne peut encore déboucher, et ROUESSE-FONTAINE, où le 4ème Escadron est fixé.
Après avoir traversé le BOIS DU CHATEAU (2 km E. de LA HUTTE ), le 3ème Escadron s’installe sur sa base de départ aux lisières N. des bois, en vue de son objectif : BOURG-LE-ROI.

Le peloton KREBS est en tête, et doit contourner le village par l’ Ouest.
Un jeune résistant : Mr VERNIER, boulanger à BOURG-LE-ROI, monte sur l’arrière du char du Lieutenant KREBS, donnant au fur et à mesure de la progression, des indications permettant de faire tomber la défense Allemande, en débordant celle-ci par un itinéraire non défendu par le Commandement Allemand, en raison des difficultés du terrain qu’il présente.
Le peloton DESFORGES surveille l’entrée de BOURG-LE-ROI pendant que le peloton KREBS se jette sur les lisières N.E. du village et les nettoie.
Le peloton De COLOMBEL, une fois le large débordement des pelotons KREBS et DESFORGES bien amorcé, doit attaquer LE PITON, S.E. de BOURG-LE-ROI, fortement défendu.
Le peloton KREBS pénètre dans BOURG-LE-ROI et provoque un départ précipité des Allemands pris à revers ; il poursuit ceux-ci au delà des lisières N.E. du village.
Le peloton De COLOMBEL arrive à proximité du PITON qui lui est désigné comme objectif. Il est accueilli par des coups de 88 qui percent une des poulies de tension de son char. Le peloton poursuit sa progression en tirant, le canon de 88 est détruit.
La progression a duré une heure, Bourg-le-Roi est pris.
Des prisonniers sont faits.
La Compagnie SAN MARCELLI qui ne s’est pas rendue compte du départ des chars de son détachement, à l’attaque, est restée en arrière ; elle rejoint BOURG-LE-ROI, prend possession des nombreux prisonniers faits, et complète le nettoyage du village.

Vers 17H30, le détachement ROUVILLOIS reçoit la mission de repartir en avant sur CHERISE et CHAMPFLEUR.
Le 3ème Escadron du Lieutenant NOËL est en tête.
Le peloton KREBS est envoyé sur CHERISE que, 20 minutes après, il signale vide.
Le 3ème Escadron reprend sa progression, peloton DESFORGES sur l’axe, suivi d’une section d’Infanterie.
Le peloton De COLOMBEL est en soutien.
Le peloton KREBS arrive en vue de CHAMPFLEUR vers 18H30, et progresse le long du remblai de la voie ferrée.
Le peloton DESFORGES tourne CHAMPFLEUR largement par l’Ouest, et coupe la retraite aux éléments d’infanterie portée ennemis qui évacuent le village.
Il détruit un camion et une auto-mitrailleuse et deux véhicules de transport de troupe de “Panzer Grenadiere“.
Le char du Lieutenant KREBS pénètre dans CHAMPFLEUR. Le char de soutien de son peloton, atteint par un coup au but, prend feu.
Le Lieutenant NOËL ayant localisé le départ des coups de canon ennemis, ouvre le feu à 100 mètres.
Un deuxième char de soutien du peloton KREBS, atteint, prend feu.
Le peloton De COLOMBEL, sur ordre du Lieutenant NOËL, se porte en soutien du peloton KREBS.

L’appui de l’Air Support, qui avait été demandé, ne peut être obtenu en temps voulu. L’Artillerie ouvre le feu, neutralise l’infanterie, et arrête les
renforts blindés de l’ennemi dont l’arrivée était signalée par le Lieutenant KREBS.
Deux “Panzer IV“ sont détruits par le char du Lieutenant KREBS.
Vers 19H30, le Lieutenant KREBS signale CHAMPFLEUR évacué par l’ennemi.
Le peloton DESFORGES pénètre également dans CHAMPFLEUR, par l’Ouest et par le Nord.
L’Escadron NOËL s’installe vers 23H00, en bivouac-garde, à 1 km N.O. du village, sur la route d’Alençon.
Le fait d’ arme suivant, survenu au cours de l’attaque de CHAMPFLEUR, mérite d’ être raconté :
– Les cuirassiers CILLIERES, ARCHIAVELLIS, BOUCHARD, PERSHON, conducteurs et aides conducteurs des chars BLOIS et BRANTÔME, sortant de leurs chars en feu, se précipitent dans des trous à proximité de leurs chars. Ils y trouvent des fantassins Allemands camouflés.
Le cuirassier PERSHON les interpelle en allemand, BOUCHARD les menace de son pistolet. 7 Allemands sont pris avec leurs armes dont 2 mitrailleuses légères. Après l’action le cuirassier BOUCHARD s’apercevra qu’il n’y avait pas de chargeur dans son pistolet…….
L’avant-garde, le 4ème Escadron en premier échelon, avait repris à 06H00 le mouvement sur COULOMBIERS.
À la sortie N. de COULOMBIERS, le peloton MUCCHIELLI subit le tir d’un char lourd Allemand (2 coups au but, 1 mort, 2 blessés). Un deuxième char est détruit, le chef de char est tué.
Le char ennemi est mis hors de combat.
Le peloton MOREAU est envoyé en reconnaissance vers le N., puis vers l’O. de ROUESSE-FONTAINE.
Au cours de cette reconnaissance, en terrain très dangereux pour des chars, il a 3 chars mis hors de combat.
Un char lourd ennemi, placé à l’O. de ROUESSE-FONTAINE, est détruit.
Sur demande du Capitaine DA, commandant l’avant-garde, la Batterie DEMARLES déclenche un tir sur la région où a été située la défense ennemie.
L’Air Support est demandé par le Colonel commandant le 12ème Cuirassiers, et fait merveille.
Après cette préparation, l’avant-garde attaque ROUESSE-FONTAINE, 4ème Escadron en tête, suivi de la Compagnie GRALL.
L’attaque pénètre sans résistance dans le village.
Des prisonniers sont faits en grand nombre.
Liaison est prise avec un peloton du 12ème R.C.A. qui est à l’Est de ROUESSE- FONTAINE.
Le 4ème Escadron reste au repos quelques heures à ROUESSE-FONTAINE, et rejoint le Gros, à CHAMPFLEUR, vers 19H00.

SARTHE - 1944

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