DOMALAIN & environs – (Ille & Vilaine)


DOMALAIN (Ille et Vilaine)

 

                    

Le 7 août 1944, c’est l’effervescence : le célèbre général Leclerc est annoncé partout dans la ville. La suite nous est racontée par Victor Lemoine, un enseignant à la retraite.

Lundi 7 août 1944, au matin

Quittant Saint-James à l’aube, les unités de la 2e DB du général Leclerc font mouvement vers le Sud. Ordre a été donné de prendre l’armée allemande à revers. Leclerc part en éclaireur en compagnie de son état-major. Les premiers éléments arrivent à Domalain vers 8 h : ils ont la charge de préparer le cantonnement. L’abbé Marétheu de Domalain, capitaine d’infanterie sur le front de Verdun 30 ans plus tôt, sort de l’église où il vient de célébrer sa messe. Il n’est pas peu fier de proposer son aide.

L’abbé fait savoir que les véhicules vont pouvoir prendre place dans le champ de Pierre Renou – celui-là même où s’élève aujourd’hui le mémorial -, et il se fait un plaisir d’y conduire la colonne. Le général Leclerc doit arriver à Domalain entre 16 h et 19 h, et cantonner quelque part. Il passera incognito ! Le général ? Ce n’est pas possible ! Le général Leclerc, en personne, va venir à Domalain. Incognito ou pas, on s’affaire du côté de la mairie afin de préparer une réception digne de l’illustre chef militaire annoncé. Avec la fébrilité qu’on devine, on balaie, on essuie, on range.

Des groupes de curieux se sont vite formés et regardent, médusés, ces va-et-vient incessants et surtout les uniformes qui demeurent l’éclatant symbole d’une liberté reconquise. On guette l’arrivée du général… Cette Jeep et ce képi, c’est lui ? Eh, non, pas encore !

Il arrive à 17 h…

Et lorsque vers 17 h, il traversera le bourg, personne ne le remarque. À deux petits kilomètres du bourg, au creux d’un vallon, se trouve une ferme isolée : la ferme de la Bellerie, où Mme Jégu habite avec ses trois enfants. Son mari est prisonnier. C’est chez elle que va s’arrêter le général. Mme Jégu ne se douta pas un seul instant que l’homme qui avait pris son petit dernier sur ses genoux et jouait avec lui était le général Leclerc. Jamais incognito ne fut mieux respecté. La déception fut immense, incommensurable, à la mesure de l’attente que chacun se forçait à vivre avec la fièvre que l’on devine.

…et repart à 22 h

Vers 22 h, arrive une estafette porteuse d’un message à l’intention du général : il s’agit d’un ordre de l’état-major américain lui enjoignant de gagner Le Mans avant le jour. En moins de temps qu’il n’en faut pour avertir la troupe, les moteurs tournent, les tentes sont démontées, le camp est levé. Une heure plus tard, il ne reste plus personne.

Mardi 8 août, au matin

Les curieux en ont pour leurs frais. On a beau se frotter les yeux : il n’y a plus personne. La deuxième DB et le général Leclerc avaient bel et bien disparu durant la nuit. À partir du 8 août, Leclerc et ses compagnons se lancent dans la bataille de Normandie. Après avoir libéré Alençon, ils foncent sur Paris où ils pénètrent, acclamés par les Français en délire, dans la soirée du 24 août.

17 septembre 1950

À  Domalain, ancrée au bord d’une petite route bretonne, une stèle commémore la venue de cet homme d’honneur dont le nom appartient désormais à l’histoire, et perpétue sa mémoire. »

Jérémie LAMOTHE.

 

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Jean Richard 18 ans en 1944

Jean Richard était parmi les 27 Guerchais
engagés volontaires dans la 2e DB de Leclerc

Titulaire notamment de la médaille militaire et de la croix de guerre avec citation,
Jean Richard, 88 ans, garde un souvenir ému et très fort de son engagement au sein de la 2e DB.

 


L’histoire

« Le pays était occupé ; on ne pouvait pas ne rien faire ; si j’avais été sur la côte, je serais parti en Angleterre… »

Jean Richard avait 18 ans en 1944. Il se souvient avec émotion de son engagement. « J’étais apprenti mécanicien agricole aux établissements Boutruche. Ce 12 août 1944, mon patron m’envoie chercher des pièces de faucheuse, place du Champ de Foire et c’est là que j’ai vu l’attroupement devant la gendarmerie : le capitaine Lebec, de l’état-major du général Leclerc, en permission à La Guerche où son père était teinturier, faisait du recrutement chez les jeunes. »

« C’est comme cela, que le 13 au matin, j’ai embarqué debout dans un camion prêté par l’entreprise Cerruti, en direction de Juilley dans la Manche. » Prêt comme tous ses camarades à prêter main-forte aux libérateurs de la France.

Sans autorisation

« Nous étions une trentaine de jeunes volontaires de La Guerche. À l’issue de la visite médicale, nous étions 27 retenus, incorporés au bataillon de renfort n° 1 de la 2e Division Blindée. »

« Nous avions entre 18 et 20 ans. J’étais le plus jeune. J’étais parti sans l’autorisation de ma mère, mon père étant décédé 4 ans plus tôt, ni de mon oncle. J’avais fabriqué un faux certificat d’autorisation mais on ne me l’a jamais demandé ! »

Le jeune Richard s’était aussi fait une promesse : se venger d’une arrestation lorsqu’il avait 16 ans.

« Une nuit avec des copains, nous sommes allés pour dévisser les routes des véhicules allemands stationnés place du Champ de Foire. Nous avons été surpris et arrêtés. Comme je n’avais pas papier, les Allemands, qui étaient basés à La Providence, m’ont gardé toute la nuit. »

Libération de Paris

« Le 22 août, nous arrivons à Saint-Germain-en-Laye. Nous rejoignons les unités combattantes au sein du 2e bataillon. Pour la première fois, j’ai une arme en main. Nous participons à la libération de Paris. Nous étions chargés de nettoyer les rues ».

Puis c’est le départ pour les Vosges et les vrais combats jusqu’à Strasbourg en novembre. Jean Richard retrouve cinq de ses camarades guerchais au sein de la 7e compagnie. Il est voltigeur, à bord d’un half-track, un blindé à chenilles.

Le général Leclerc ? « Je lui ai serré la main plusieurs fois. C’était un chef respecté et aimé. J’ai aussi monté la garde avec son fils. » En janvier 1945, le 2e bataillon est appelé en renfort à Kilstett.

En mai, il atteint la Bavière puis est rapatrié en France après l’Armistice.

L’Indochine

« La 2e DB a ensuite demandé des volontaires pour le Japon. On nous promettait un stage de 3 mois en Amérique. J’ai signé l’engagement. »

« Hiroshima est arrivé et le corps expéditionnaire a été finalement envoyé en Indochine. Nous étions trois Guerchais : moi-même, Lucien Heude et René Brault. Nous avons débarqué le 19 octobre 1945 à Saïgon les armes à la main, après un voyage épouvantable d’un mois sur un cargo, logés dans la cale, et mal nourris. »

Jean Richard y reste 18 mois. Il est rapatrié sanitaire (paludisme) et démobilisé en février 1947. Son retour à La Guerche est de brève durée. En octobre, Jean Richard part en Afrique, au Gabon, comme prospecteur de diamant pour le compte d’une société minière.

Il revient en 1953. Il se marie avec Jacqueline Perrier et fonde une famille. Il devient alors représentant en machines agricoles à la FAO de Vitré jusqu’à sa retraite à l’âge de 62 ans.


Soucieux du devoir de mémoire, Jean Richard est premier vice-président des anciens de la 2e DB d’Ille-et-Vilaine et membre du bureau des anciens d’Indochine ainsi que vice-président des anciens combattants de La Guerche.

 

Source : OUEST-FRANCE  05/06/2014

Jean Hélesbeux Témoignage

DOMALAIN

Extrait Article OUEST-FRANCE du 30/09/2013

Témoignage

En route vers la libération de Strasbourg, en ce 7 août 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale, la 2e Division Blindée (2e DB) a stationné en terre domalinoise. À partir du 17 septembre, une borne marquera désormais ce moment historique.

Quand le général Leclerc et ses hommes arrivent à Domalain, personne ne les reconnaît. « À l’époque, j’avais 8 ans et on a vu des véhicules militaires descendre sur le petit chemin qui nous sépare de la ferme de La Bellerie », se souvient Jean Hélesbeux.

Sous la tente, le général Leclerc

« Et, quelques heures après, une troupe est arrivée. Ils se sont installés dans le verger de notre ferme », raconte Marie-Thérèse Meneux. « Mon oncle se doutait qu’il s’agissait de gradés mais on ne savait pas vraiment ». Jean Hélesbeux poursuit : « En remontant notre chemin, je me suis retrouvé nez à nez avec des soldats qui avaient stationné là. Je me disais qu’ils avaient, plutôt, l’air gentil. Ils m’ont même donné de petits gâteaux ». Il faut dire que, quelques mois auparavant, « en juin, des soldats allemands sont descendus jusque chez nous à la poursuite de mon cousin qu’ils avaient pris pour l’évadé qu’ils recherchaient… ».

Autant de tranches de vie que les Domalinois aiment relater.

On y apprend que le soldat qui s’était installé sous la tente, dans le verger de La Bellerie, n’était autre que le général Leclerc en personne.

« Ils sont repartis précipitamment vers 21 h. Avant de nous quitter, le général nous a embrassés en disant : on va libérer votre père, précise Marie-Thérèse. Mais c’est seulement huit jours après que nous avons su que c’était le général Leclerc ! ».

Depuis 1950, les Domalinois ont érigé un monument à sa gloire.

Elodie DARDENNE Témoignage

Elodie DARDENNE
Témoignage 
 

En 1944, Marie-Thérèse Meneux avait 13 ans et s’appelait encore Jégu. Elle vivait à Domalain, dans la ferme familiale « La Bellerie » avec sa mère, et ses deux frères. Son père aura été prisonnier pendant 5 ans « à Laval, puis à Châteaubriant et dans une ferme à Berlin. Il n’a jamais voulu travailler à la ferme alors il a été envoyé dans une forteresse au fin fond de la Russie ». À l’époque la petite famille vivait tant bien que mal « c’était la misère, il n’y avait rien à manger, ma grand-mère faisait ses tabliers avec des vieux rideaux qu’elle teignait ».

Domalain entre dans l’histoire de la Libération

Le 7 août 1944, le quotidien va pourtant se trouver bouleversé. « Un matin, une moto est venue dans le bourg de Domalain. Quelques heures plus tard une troupe arrivait et ils se sont installés dans le verger. Notre ferme était au bout d’un chemin en terre, très tranquille ». Quand le Général Leclerc et ses hommes arrivent à Domalain, personne ne les reconnaît, « mon oncle qui avait fait la première guerre se doutait qu’il s’agissait de gradés mais on ne savait pas vraiment ». Partout dans le village, on avait installé des décorations, les cloches sonnaient à l’annonce de l’arrivée de ces illustres inconnus.

Le Général s’est installé dans notre verger

Vers 16 h la 2e DB arrive à la ferme, ils rencontrent alors la famille Jégu, « ils ont demandé s’ils pouvaient réchauffer des conserves ma mère les a fait entrer et ils ont mangé du poulet et un morceau de lard. Après avoir mangé ils ont bu du café mais comme ils ne le trouvaient pas assez fort ils ont rajouté de l’eau-de-vie », pendant le repas les adultes discutent et les enfants observent, intimidés mais curieux. S’ensuit des discussions d’adultes, Marie-Thérèse et ses deux frères ne comprennent pas vraiment ce qu’il se passe sous leur toit, mais elle se souvient de celui dont elle ne savait pas encore qu’il était le Général Leclerc, « il nous prenait dans ses bras en disant : ne pleure pas, on va aller chercher ton papa ».

Quelques heures mais beaucoup de souvenirs

Pour les enfants ce débarquement d’inconnus un peu mystérieux anime la journée « Quand ils sont allés dormir dans le verger, avec mes frères nous nous approchions pour les observer et ils nous donnaient du chocolat et des bonbons ». Mais la 2e DB ne restera pas longtemps à Domalain, « ils ont mangé, se sont lavés dans le puit et ont dormi dans le verger, seul le Général avait une tente, les autres dormaient par terre ».

Vers minuit, la division pliait bagage suite à un contre-ordre et repartait vers Paris. Le Général a passé seulement huit heures à Domalain, il a pourtant profondément marqué les esprits « il était gentil », se souvient Marie-Thérèse Meneux, « il était simple soldat, on ne savait pas qui il était ». La véritable identité de « l’inconnu » fût révélée huit jours plus tard, « un homme est arrivé en moto, il a montré une photo à ma mère et elle a reconnu le Général et tous les soldats ». Depuis Domalain se souvient et célèbre en héros celui qui a passé quelques heures dans le verger de la « Bellerie »

DOMALAIN

 

 

 

La commune de Domalain se situe dans le département d’Ille-et-Vilaine (35), aux portes de la Bretagne.

Elle profite de sa situation de proximité par rapport à l’axe routier et ferroviaire reliant Rennes à Paris (N157).

Elle est aussi sur la RD 178, axe permettant de remonter sur Fougères et de descendre jusqu’à la Loire Atlantique.

Cette grande accessibilité est un atout pour le développement de la commune.

 

 

 

 

 

Unique en Bretagne, le monument Leclerc, avec la borne de Koufra,
témoigne du passage du Général Leclerc sur les terres domalinoises en Août 1944
alors qu’il était en route vers Alençon.

 

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