CHAMPFLEUR – (Sarthe)

 

CHAMPFLEUR – 11 août 1944

 

 

Pour la journée du 11 les ordres et les objectifs restent inchangés. Le général Leclerc insiste sur la vitesse. Alençon doit être atteinte au plus vite. Afin de donner plus de puissance à l’attaque, les pelotons de Scherman et de tanks destroyers sont mis en tête. En effet les chars légers n’ont pas l’efficacité voulue pour s’opposer aux Marks allemands.

Au G.T.D., le sous-groupement Farret parvient assez rapidement à proximité du carrefour de La Hutte que l’ennemi tient en force. Cinq de nos chars sont successivement touchée par des 88. Après un dur combat le carrefour est contourné par l’ouest et enfin occupé. Le soir le sous-groupement s’installe à Fyé.

A sa droite le sous-groupement Noiret, par Coulombiers, aborde Rouessé. L’ennemi s’y défend âprement. Quatre chars amis sont détruits. Il faut l’aide de l’artillerie et de l’Air Support pour arriver à bout de la résistance. La localité ne tombera que vers 15 heures. Mais l’Allemand, qui a perdu entre La Hutte et Rouessé onze chars lourds, dix canons antichars et deux cent cinquante prisonniers, se replie en désordre. Bourg-le-Roi est rapidement libérée ainsi que Champfleur où se rend aussitôt le général Leclerc. Alençon n’est plus qu’à 5 kilomètres, niais la nuit est déjà là.

Sur les axes C et D, le G.T.L. lui aussi a fait d’importants progrès, bien que l’arrivée tardive du convoi de ravitaillement en essence ne lui permette de démarrer qu’à 9 heures. Le sous-groupement Massu après avoir annihilé des résistances ennemies sur la route La Hutte – Mamers atteint à 20 heures Ancinnes où il s’installe. Le sous-groupement Minjonnet doit faire face devant Louvigny un important rassemblement d’armes antichars et de véhicules allemands qui sont détruits avec l’aide de l’aviation. La localité est occupée à 15 heures. L’avant-garde du sous-groupement parvient à la nuit aux lisières de la forêt de Perseigne.

Ainsi le 11 au soir, le deuxième bond fixé par l’ordre d’opérations est largement dépassé. Alençon est à portée de la main. La 9° Panzer-Division est coupée en deux et a subi de très lourdes pertes.

 

 

Vers Alençon

Dés l’aube , la progression reprend en direction du Nord vers Alençon . La marche est ardue . Très vite l’ennemi fait face brutalement. Ses canons anti-chars , épaulés par une infanterie déterminée stoppent les progressions sur l’ensemble du front . Le sous-groupement Massu reprend sa progression vers Chérancé et Rouessé Fontaine.

La Hutte :
Le sous-groupement Farret butte sur un point de résistance au carrefour de la Nationale et de la route de Fresnay sur Sarthe – Mamers. Plusieurs chars du 12° Cuirs sont détruits dont le « Dijon« , ainsi que deux half-track du RMT (?) . les marsouins vont rester bloqués de longs instants , malgré leur agressivité. Parmi-eux, le capitaine Troadec , un ancien du Tchad est grièvement blessé tout comme le sous-lieutenant Guena du 12° Cuirs ( ancien ministre)
Les pertes : Claude de Laguiche alias Pascal de Fouin – Maréchal des logis Grounenkoff – Soldats Clément Richard – André Caron – Marcel Riberolle

Fye :
En cette fin de matinée, Le bouchon de La Hutte contourné, trois km plus loin en abordant Fyé par la Nationale à proximité du lieu-dit « la route « ,nos troupes se heurtent de nouveau à un bouchon tenu solidement par la 9° panzer. Distants les uns des autres d’une cinquantaine de mètres la colonne du Cdt Farret se trouve immobilisée par un violent tir d’anti-chars allemands embusqués derrière les haies et arbres à l’ouest de la route . Le peloton , perd en quelques minutes 5 chars Sherman : Brest, Chartres, Compiègne, Paimpol et Reims , ainsi que le Bretagne , half-track d’accompagnement , d’une automitrailleuse et d‘une moto.
A l’heure de la libération du village en fin d’après-midi les pertes de la 2° DB sont lourdes : 25 morts et autant de blessés.
Les pertes : Jean Dumas – Legrand – Maurice Peretti – M. Arlandis – G. Challet – F. Gully – J. Larrasquet – J. Jayr – C. Massenet – H. Plusquellec – F. Giboulot – Jean emile Corvisier- J. Lego – 2 inconnus des chars « Compiègne » et « Brest »

Louvigny :
Le sous-groupement Minjonnet doit faire face à une importante concentration d’armes anti-chars et de véhicules allemands qui progresse vers la forêt de Perseigne . Ces troupes seront détruites avec l’aide de l’aviation alliée . Le petit bourg est libéré vers 15 heures. A la tombée de la nuit l’avant-garde du sous-groupement parvient à la lisière de la forêt .
NDLA :Iinscriptions aux Monument aux Morts :Auguste Bossier – Pierre Cazeaux – Jean Fréche – Lucien Gélormini – Camille Guglielminetti – Marc Serrya – Pierre Vergos – inconnu du char « Poitou »

Bourg le Roi :
En fin d’après-midi le Général Leclerc marqua un arrêt place de l’église sous les tilleuls et accepta une chaise présentée par un habitant . De ce PC improvisé il donna ses ordres pour poursuivre l’offensive vers Champfleur .Louis Martin , boulanger dans le village pris place sur l’arrière du char « Brive la Gaillarde » commandé par le Lt Krebs et guida le peloton au fil des chemins où s’étaient embusqués les panzers de la 9° division allemandes couvrant le repli de leur troupes vers Alençon.
A Champfleur il fut soufflé par un obus et projeté contre un mur . Il décéda en 1953 des suites de la commotion subite .

Champfleur
Après avoir traversé Chérisay , puis le hameau de « Groutel »le peloton du Lt Krebs arriva à Champfleur . Pendant cette progression il perdit deux chars : le « Blois » et le « Brantôme ». Regroupé dans le village , le détachement de reconnaissance est rejoint par le « Tailly » d’où descend le Général Leclerc.
Les pertes : deux tombes : Sergent-chef Gabriel Navarro 1/RMT – 2° Cl Antoine Perez 12° Cuirs
Stèle : Jean Bruinguier – Salomon Kalifa – Gaston Lalanne – Gabriel Navarro – Antoine Perez – Georges De Vasita

Il a guidé Leclerc et la 2e DB, le 12 août 1944

Soixante-quatre ans après la libération d’Alençon, le résistant Raymond Ciroux racontecommentla ville a été sauvée… de justesse.

« Le 11 août, comme tous les Alençonnais, je constate avec plaisir que les troupes d’occupation évacuent la ville. Mais je remarque aussi que les Allemands s’en vont sans détruire les ponts… Craignant une ruse des Allemands, je décide de franchir les lignes ennemies dès la nuit tombée pour aller prévenir nos alliés à Champfleur. »
Raymond Ciroux, bien qu’âgé de 19 ans seulement, n’en est pas à son premier acte de résistance. Condamné par un tribunal militaire en 1942, il a déjà passé six mois en prison à Caen, pour avoir commis des manifestations anti allemandes » à Alençon.

Surprise
N’écoutant encore une fois que son courage, Raymond Ciroux quitte Alençon à 20 h. « Je passe par les petites routes de campagne, mais je croise tout de même une patrouille allemande qui me demande la direction d’Alençon. Je lui donne une fausse direction et poursuis ma route ». Arrivé à Saint-Gilles, il « tombe » sur trois chars… de la 2e DB ! « C’est une réelle surprise, car la BBC disait simplement que les Américains poursuivaient leurs combats dans les faubourgs du Mans. Nous ignorions que c’était Leclerc qui avançait vers nous ! »
Le jeune résistant informe le capitaine Gaudet qu’Alençon est vide mais ses ponts intacts, et que des troupes ennemies stationnent dans les forêts avoisinantes. « Aussitôt, Gaudet tente de transmettre le message à ses supérieurs, par radio. Mais en vain. Avec son adjoint, nous repartons à vélo,
dans la nuit. » À Champfleur, le jeune résistant répète son message au capitaine Da et au colonel Noiret. ” Ce dernier se charge de prévenir Leclerc, nous repartons tous les trois à Saint-Gilles,en Jeep”

Informé vers 23 h, le général Leclerc donne l’ordre d’investir immédiatement Alençon.

À son réveil, vers 2 h du matin, il se précipite à Saint-Gilles. Il est d’une humeur massacrante : son ordre n’a pas été exécuté ! « Lorsqu’ils arrivent, je suis repoussé par un officier : plusieurs chars ont déjà été détruits à la suite de fausses informations. Mais je suis introduit auprès du général Leclerc !
Plusieurs heures ont passé et il se demande si mes renseignements valables à 20 h le sont toujours. Je me porte alors volontaire pour aller vérifier. Et Leclerc décide de reprendre Alençon. »
Le convoi militaire s’ébranle à 3 h du matin. Raymond Ciroux est dans la jeep qui guide les chars dans la nuit. « Au carrefour du boulevard de la République, je vais m’assurer à pied que la voie est libre. Les chars se disposent ensuite en épi place des Poulies. Je continue seul, à pied, non sans appréhension… et constate avec soulagement que le Pont-Neuf est toujours là ! » Tandis que Leclerc en prend symboliquement possession, Raymond Ciroux repart en jeep pour guider d’autres chars vers les ponts et les boulevards extérieurs.

De justesse
« Nous essuyons de violents tirs lors d’une reconnaissance vers l’aérodrome de Damigny. Cet incident nous confirme que les Allemands n’ont pas l’intention d’abandonner Alençon ! » Mais Leclerc a pris les choses en main, et Alençon est sauvée. Enfin presque… « En début de matinée, la ville est survolée par un nombre important de forteresses volantes. Les gars de la 2e DB déploient en catastrophe des pancartes signalétiques oranges.
Il était temps : les Américains avaient reçu l’ordre de bombarder Alençon le 12 août, à 10 h… »

 

Source : OUEST-FRANCE mardi 12 août 2008

 

 

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