MOLSHEIM (Bas-Rhin)

 


MOLSHEIM

Km= 1092 

Vendredi 24 novembre 1944

 

L’actuelle place de l’Hôtel-de-Ville de Molsheim, au lendemain de la Libération

 

 

Automitrailleuse 6×6 « Greyhound »  M8 .
Equipage : 4 hommes. – Vitesse : 90 km/h. – Rayon d’action : 550 km.
Armement : un canon de 37 mm et/ou une mitrailleuse coaxiale de 50 (12.7)

 

 

LIBÉRATION DE MOLSHEIM

 

21 nov. 1944 : De la vallée de la Bruche vient la nouvelle d’une vraie débandade de l’Armée allemande tandis que, dans le Sud de l’Alsace, les Alliés ont déjà libéré Belfort et se trouvent devant Mulhouse.

22 nov. 1944 : Les Allemands du Reich ont profité de la nuit pour quitter Molsheim, des chariots ayant été réquisitionnés pour transporter leurs bagages. Coups de canon et feux de mitrailleuses proviennent principalement du fort de Mutzig.

23 nov. 1944 : Des camions chargés d’archives administratives quittent Molsheim dans la matinée. L’après-midi, la ville est quasi déserte, beaucoup d’habitants s’étant réfugiés dans les caves. Strasbourg est libérée par une attaque surprise du général Leclerc, mais la nuit est calme, à l’exception des coups de canons venant de la vallée de la Bruche et de Saverne.

24 nov. 1944 : Vers 11 h, une patrouille de la 2e Division blindée (1er Régiment de Marche de Spahis Marocains) venant de Strasbourg fait une incursion dans les faubourgs Sud, en remontant vers le centre-ville.
Jean Adloff, un enfant de Molsheim, se trouve sur l’un des chars, alors que deux gendarmes et un motocycliste allemands sont abattus au pont de la Bruche.

25 nov. 1944 : Poursuite des tirs d’artillerie sur la colline dominant Molsheim. Vers midi, le couvent Notre-Dame et une grange de la rue des Étudiants sont touchés. Les feux sont rapidement maîtrisés par les pompiers, intervenus avec leurs lances et des seaux de sable.

26 nov. 1944 : Durant la nuit, 200 à 300 soldats allemands entrent discrètement dans Molsheim, occupant les points stratégiques et creusant plusieurs tranchées mais, au lever du jour, ils avaient disparu. Enfin, à 10 h, apparaissent les premiers éléments de la 3e Division d’infanterie américaine (15e Régiment d’infanterie US) venant d’Avolsheim. Vers 14 h, d’autres soldats sont signalés près de la gare. Par la suite, plusieurs colonnes de militaires américains investissent la ville, en rasant les murs. Ils sont accueillis avec joie par la population avec des fleurs, des pommes et du vin.

27 nov. 1944 : De longues colonnes de chars et autres véhicules blindés continuent de traverser la ville en direction de Strasbourg et d’Obernai. À 10 h, une fête spontanée est organisée place de l’Hôtel-de-Ville par le comité local des FFI, en présence des autorités civiles, militaires et religieuses.

 

Grégory OSWALD
Archiviste de la Ville de Molsheim

PDF : ENFIN LIBRES ! MOLSHEIM 1944

 

COMBATS EN ALSACE

27 novembre – 29 décembre 1944

Extrait de “La 2eDB” – Raymond MUELLE – Presses de la Cité – 1990

 

Les quelques jours passés dans l’euphorie de la libération de Strasbourg n’empêchent pas toute la division de songer à une reprise imminente des combats ; la guerre n’est pas finie. Certains rêvent d’une nouvelle chevauchée de l’autre côté du Rhin, mais le Haut Etat-Major a d’autres vues. La Division est mise à la disposition du 6e CAUS et reçoit pour mission de progresser depuis Strasbourg entre le Rhin et les Vosges en détruisant les forces ennemies rencontrées jusqu’à la rencontre avec la Ire armée française qui, après avoir libéré Belfort et Mulhouse, avance lentement vers Colmar.

La surprise chez l’ennemi n’a pas duré longtemps.
Le 27 novembre, un de ses éléments infiltré dans Strasbourg fait sauter le pont sur le bassin Vauban. Un peu partout, son artillerie demeure active et, le même jour, il lance son infanterie dans une contre-attaque depuis Erstein.


La Division est fatiguée par quatre mois de combats incessants qui ont mis à rude épreuve les hommes et le matériel.
Les jeunes engagés ont comblé les pertes et, si leur courage n’est pas en cause, leur instruction militaire sommaire réalisée sur le tas ne donne pas aux unités la même capacité technique. Il pleut, il fait froid, la boue et l’eau envahissent tout.

28 novembre. Au matin, la 2e DB entame son mouvement offensif. Devant elle le terrain est coupé de canaux, de nombreux barrages ont été rompus, la campagne disparaît souvent sous plusieurs centimètres d’eau glacée. L’Ill déborde, les villages sont autant d’îles reliées par des chaussées en remblai obstruées d’obstacles, creusées d’entonnoirs, les ponts sont détruits et l’ennemi a truffé de mines et de pièges les points de passage possibles. La plupart des agglomérations sont énergique-ment défendues par un ennemi agressif, bien pourvu en moyens antichars et en artillerie. Ses quelques chars sont astucieusement employés dans la défensive, parfois dans la contre-attaque, aussi les pertes de l’assaillant sont-elles lourdes pour des gains de terrain minimes. L’avance est lente, pénible, coûteuse, après les exploits fulgurants des semaines précédentes, le moral n’y est pas.
Deux groupements tactiques progressent en tête vers Colmar. Le GTR devrait longer le contrefort des Vosges avec le groupement Langlade derrière lui. Le sous-groupement Morel-Deville, le plus à l’ouest, avancera par Molsheim, Obernai, Sélestat avec Minjonnet à sa gauche qui, sur un axe parallèle, ira, théoriquement, jusqu’à Sainte-Croix-en-Plaine.
Le GTD précédant de Guillebon attaque en direction de Neuf-Brisach, le long du Rhin ; Quilichini est chargé de cette mission, il a, à sa droite, le sous-groupement Didelot qui empruntera les départementales, à sa hauteur, jusqu’à Appenwihr.
Dès le premier jour, la résistance allemande se révèle très forte ; si les sous-groupements de l’ouest s’emparent de Zellwiller, ils échouent devant Stotzheim, au sud d’Obernai. A l’est, les combats sont vifs à la sortie d’Erstein et à Schaeffersheim.
30 novembre. Minjonnet enlève Stotzheim et, le long du Rhin, Quilichini réussit un joli coup à Gerstheim, détruisant quatre chars, faisant de nombreux prisonniers. Près de là, Rouvillois est arrêté à Obenheim, mais le pont sur le canal du Rhône au Rhin est pris intact.

Pendant toute la première semaine de décembre, le scénario ne change guère : char de tête sautant sur une mine, char détruit par un engin blindé ou un canon bien camouflé, tirs d’artillerie massifs, assauts que l’eau et La boue rendent lents, maladroits, d’autant plus meurtriers. Au mieux l’ennemi décroche et se replie grâce au brouillard épais qui masque ses mouvements jusqu’au village suivant .
Benfeld est occupé, mais le pont sur l’Ill est détruit.

2 décembre. Les Allemands contre-atta-quent durement vers Boofzheim ; Rouvillois enlève Friesenheim après de durs combats de rue, l’infanterie du GTV se bat au corps à corps en direction d’Herbsheim et de Sand dans un terrain truffé de mines.

Sur le flanc ouest, venant des Vosges, la 36e DIUS enlève Sélestat. Depuis le 6 décembre, la 2* DB est intégrée à la Ire armée française, ks contacts avec le général de Monsabert qui commande le 2e corps d’armée et son état-major manquent de chaleur. Entre Leclerc, le cavalier, et l’état-major du général de Lattre, le courant ne passe pas plus qu’entre de Lattre lui-même et celui qui est devenu son subordonné. Leclerc souhaite d’autres missions pour sa division, plus conformes à son tempérament et à ce qu’il considère comme la vocation d’une division blindée. Au niveau des états-majors resurgissent de vieilles jalousies, d’anciennes querelles que les hommes du terrain ont depuis longtemps dépassées.
C’est vrai que l’infanterie, élément essentiel dans cette phase de la campagne, fait cruellement défaut à la 2e DB ; le RMT, malgré l’extraordinaire courage de ses soldats, ressent l’usure, la fatigue, le poids des pertes. Le 9 décembre, le 1er régiment de chasseurs parachutistes est affecté à la Division, après avoir subi de très rudes épreuves dans les Vosges ; il partage dorénavant avec les marsouins du RMT les aléas de l’hiver alsacien et subira lui aussi des pertes importantes.

Du 7 au 12 décembre, la pluie et les inondations rendent les opérations impossibles pour les Français, mais elles n’empêchent pas les Allemands de reprendre Sélestat aux Américains pendant une longue journée inquiétante.

Le 13 décembre, sur l’ordre de Monsabert, le GTV attaque en direction de Neunkirch et de Witternheim, l’offensive est rapidement bloquée, l’artillerie allemande se révèle extrêmement puissante et efficace. Deux jours plus tard, deux bataillons ennemis et une dizaine de chars reprennent en partie le terrain durement gagné.


Le 16 décembre, la nouvelle de l’offensive, menée par von Rundstedt dans les Ardennes entre Bitche et Wissembourg, sème l’inquiétude. Jusqu’au 29 décembre, la 2e DB conserve ses positions ne menant que des opérations de détail comme le 27 décembre où deux escadrons de spahis enlèvent Ebersmunster dans un coup de main particulièrement audacieux. Les hommes de guerre entendent ne pas perdre la main. Le 29 décembre, la Division est mise à la disposition du 15e corps d’armée US.

 

(Source : Raymond MUELLE – LA 2ème D.B.)

 

 

 

EXTRAIT DU JOURNAL DU SPAHI ROGER MARION
3/3/1er RMSM

Source et texte intégral :  Forum La deuxième Division Blindée de LECLERC

 

Jeudi 23 novembre 1944

À 7 heures du matin, en route pour STRASBOURG.
Le temps est couvert.
Notre axe est légérement au nord de la R.N. 4.
De MARMOUTIER, nous nous dirigeons sur LOCHWILLER, MAENNOLSHEIM, LANDERSHEIM, WOELLENHEIM, ROHR, GOUGENHEIM, DURNINGEN, KLEINFRANKENHEIM, WIWERSHEIM, STUTZHEIM.
Nettoyage de ces villages sans trop nous attarder à faire des prisonniers. Nous n’avons même pas à nous servir de nos armes.
Il m’arrive, dans une ferme, de boire un bol de café préparé pour un Allemand qui n’en a pas eu le temps avant de lever les bras.
À STUTZHEIM, il est 9 heures et quart et nous ne sommes plus qu’à 9 km de STRASBOURG, dont on devine la flèche dans la brume. L’émotion est grande. Qu’est-ce que celà doit être pour le Général et les anciens de KOUFRA?

Un souvenir d’enfance me revient: au cours d’une visite de la cathédrale de STRASBOURG, il y a une dizaine d’années, mon père, avec raison, n’avait pas apprécié mes talents d’équilibriste inconscient sur la ballustrade de la plate-forme. Elle n’a pourtant que 66 mètres de haut. Ce 23 novembre 1944, à 14 heures, Maurice LEBRUN, du 5ème Escadron du 1er R.M.S.M., hissera le drapeau français sur la flèche, à 142 mètres!
À noter au passage, que ce n’est pas un du Tchad comme l’écrit le Général VÉZINET, page 174, article sur le Régiment de Marche du Tchad, dans le volume “La 2ème D.B. Général Leclerc en France, combats et combattants” qui nous a été offert en fin de campagne (achevé d’imprimer en juin 1945).
Dans le numéro 249 du 7ème trimestre 1984, page 41, la “Revue de la France Libre” rétablit la vérité.

De STUTZHEIM, nous sommes dirigés vers le Sud: HURTIGHEIM. Nous traversons la R.N. 4 à ITTENHEIM pour arriver à BREUSCHWICKERSHEIM. Dans un tournant, l’A.M. se trouve nez-à-nez avec un tramway rempli de soldats allemands qui n’ont pas l’air de nous attendre. Un vieil alsacien saute de joie, en se désarticulant comme un pantin: “Les Vrançais! V!là les Vrançais!”. Nous ne pouvons nous charger de cette cargaison et des autres Allemands qui sortent d’un peu partout.
Nous laisson ACHENHEIM à notre droite. À OBERSCHAEFFOLSHEIM, l’ordre nous est donné d’arrêter. Le commandement a certainement ses raisons. Les forts qui ceinturent STRASBOURG sont encore défendus.
Enfin, vers 15 heures, en route pour la dernière charge.
Brusquement, un tir part de notre droite. C’est le fort Kléber. Nous voyons les traceuses nous passer devant le nez. Et voici que mon moteur cale. Je continue au point-mort pour ne pas rester dans l’axe de tir. Arrêt. Je ne vois aucun impact qui aurait pu atteindre le moteur. C’est tout simplement l’arrivée d’essence qui s’est bouchée à un mauvais moment, comme à LONGJUMEAU.
Pendant que je nettoie filtre, carburateur et tuyauterie, le reste du peloton continue, et fonce sur STRASBOURG.
Un quart d’heure après, au moment de reprendre la route, P’tit Louis a disparu. Nous savons qu’il se débrouillera pour nous rejoindre. Je double toute une colonne, à plus de 60 miles, le pouce sur le bouton de la sirène. Les Alsaciens nous acclament, mais dégagent la route. KOENIGSHOFFEN est traversée. Nous sommes dans STRASBOURG.
Après le pont du chemin de fer, un peloton de l’escadron s’est dirigé vers la gare. Nous retrouvons le peloton Boulevard de Lyon. P’tit Louis est là: nous avons bien fait de ne pas l’attendre! Il est là et “en forme”: “Roger, nous sommes à STRASBOURG. Tu n’as plus besoin de conduire. Prends ma place dans la tourelle. Je veux aller voir ce qui se passe dans cette foutue caserne”. Inutile de le retenir. Armé d’une épée récupérée on ne sait trop où, stimulé par le vin blanc et le schnaps, P’tit Louis arrive à grimper après le mur de cette caserne et s’engouffre dans une fenêtre pourtant haute. Il disparait à l’intérieur. Ce n’est qu’après un long moment qu’il réapparait, nous expliquant qu’il avait mis un point final à la garde d’une sentinelle allemande.

Sur le pont Pasteur, tout proche, des chars du G.T. sont mal en point. Le secteur se calme en fin d’après-midi.
Nous commencons alors à patrouiller dans la caserne de droite (caserne des Gardes Mobiles), caserne occupée avant notre arrivée par la Polizei, certains disaient même par des S.S. Le bâtiment que nous fouillons servait de logement à des familles, logements très bien meublés. Les “locataires” ont dû partir précipitamment, car les armoires sont remplies de linge, d’habillement, et le ravitaillement ne manque pas; si nous restons ici, celà nous changera des boites de “beans” et autres denrées américaines.
Au cours de la fouille d’un appartement, j’entends frapper à la porte d’entrée. C’est un civil, d’une quarantaine d’années. Je lui demande ce qu’il vient faire: tout naïvement, il m’explique qu’il habitait ici et me demande s’il pourrait rentrer chez lui. Je le conduis à notre capitaine. Je crois que c’est le seul prisonnier qui ait été fait dans ce bâtiment, prisonnier qui n’avait pas l’air bien méchant et que j’ai retrouvé, au cours d’une garde de nuit, dans une cave, où il était en piteux état.

Le soir, nous sommes reçus dans une famille J. SPEICHER, au 14 de la rue de Saales que les Allemands avaint baptisée Hafenwalstraße, et qui ne tardera pas à retrouver son nom. STRASBOURG est libérée.

 

Vendredi 24 novembre 1944

Le matin, le Chef de peloton apprend à Guy CONUS la mort de son frère Yves, tué au cours de la prise de PARUX dimanche dernier, 19 novembre (voir à cette date). Étant passé par la même épreuve il y a deux mois, près de CHÂTEL-SUR-MOSELLE, avec la mort de son frère Jacques, Bernard est le mieux placé pour annoncer cette pénible nouvelle à notre radio et lui demander de ne pas partir en patrouille ce matin.

Plusieurs véhicules du peloton ne sont plus en état. Une petite partie du peloton rejoint le 1er peloton et quelques T.D. des Fusiliers Marins: en route vers MOLSHEIM et OBERNAI.

Nous traversons LINGOLSHEIM, ENTZHEIM, DUPPIGHEIM, DUTTLENHEIM, ALTDORF.
Partout, des soldats allemands lèvent les bras, comprenant que la guerre est terminée pour eux, mais nous n’avons pas le temps de nous en occuper.

Nous arrivons au carrefour de DORRLISHEIM.
Le début de la patrouille se dirige vers MOLSHEIM.
Nous restons, peu avant le carrefour, dans l’axe de MUTZIG.
Tout à coup, je vois l’éclair de ce qui ne peut être qu’une Panzerfaust, partir de devant la maison qui se trouve à droite de l’autre côté du carrefour.
Marche arrière déjà engagée, je recule brutalement. La Panzerfaust éclate sur la route à peine à un mètre devant l’A.M. Prudemment, je me place derrière un T.D.
Voici que des Allemands sortent des fossés de notre droite, bras en l’air… mais deux d’entre eux brandissent une Panzerfaust: pour se rendre ou nous allumer??? Je ne perds pas de temps à connaître la raison et je vide mon chargeur de mitraillette dans cette direction. Un des porteurs de Panzerfaust se retrouve avec une balle dans la main et une autre dans la région du bas-ventre. Les autres se rendent sans difficulté. Tout celà prend place sur la plage arrière.
Roland, qui a remplacé Guy pour aujourd’hui, comme radio, m’engueule: “Pourquoi tires-tu sur des gars qui se rendent?” C’est peut-être vrai, mais il oublie que ces gars se rendaient, munis de leur Panzerfaust et qu’ils étaient capables de nous descendre. “Ils se sont rendus, parce qu’ils nous avaient ratés!”

La patrouille partie en direction de MOLSHEIM ne revient pas.
Au bout d’une heure, nous partons en direction d’OBERNAI.
À BISCHOFFSHEIM, nous quittons l’axe d’OBERNAI pour rattraper la Nationale qui nous conduit en direction de NIEDERNAI.
1500 mètres avant NIEDERNAI, demi-tour. Et nous revenons par INNENHEIM, DUTTLENHEIM et DUPPIGHEIM déjà traversés le matin dans l’autre sens, ENTZHEIM et LINGOLSHEIM.

Nous ramenons un bon nombre de prisonniers et la photo en haut de la page 275 du livre déjà cité “La 2ème DB en France” représente un T.D. passant dans l’eau sous un pont de chemin de fer. Ce doit être au retour de cette patrouille, à l’entrée de STRASBOURG. Mon A.M. était devant ce T.D. J’avais des prisonniers sur l’A.M., dont à l’avant, et je voyais le niveau d’eau sur la route en-dessous du pont. Il était tentant de foncer dans l’eau, mais je ne pensais pas que l’eau allait gicler sous l’avant du blindage, épargnant les occupants feldgrau pour remonter sur le blindage et nous arroser copieusement les genoux et les jambes, au radio et à moi. Les prisonniers n’ont pas osé se payer notre tête!

Nous envoyons les blessés se faire soigner et les autres rejoindre les nombreux prisonniers que la Division a faits ces jours derniers.

Les amis restés à STRASBOURG ont attribué un logement par équipage dans la caserne de la Polizei (ou autre ancienne affectation). C’est la “vie de château”! Celà ne m’empêche pas d’entretenir l’A.M. et de m’occuper cette fin d’après-midi du réglage des bougies. Il y a intérêt, car les véhicules en état de marche sont susceptibles de partir en patrouille les jours suivants.

 

 

 

 

 

 

 

Une patrouille de la 2e DB dans le secteur de Molsheim fin novembre 1944

par Grégory OSWALD

 

Officiellement libérée le dimanche 26 novembre 1944 par les soldats de la 3e Division d’Infanterie américaine (3e DIUS), Molsheim reçut deux jours plus tôt la visite inopinée d’une détachement de la 2e Division Blindée (2e DB) qui venait de libérer Strasbourg, grâce à une manœuvre audacieuse du général Leclerc.
Certains de ceux qui ont vécu ces événements se souviennent probablement de cette singulière épopée, et cela d’autant plus que deux enfants du pays se trouvaient parmi les libérateurs : Jean Adloff et Georges Garelli. Aujourd’hui établi dans le Périgord, mais fidèlement attaché à sa ville natale, Jean Adloff- devenu Jean-Pierre Dejouxl – est revenu en Alsace il y a dix ans, avec d’autres anciens de la 2e DB, pour commémorer dignement le 50e anniversaire de la Libération.
A notre invitation, il s’est arrêté au Musée de la Chartreuse le 22 novembre 1994 pour nous faire part de ses souvenirs et évoquer, avec force détails, le récit de cette folle aventure. Précis et relativement objectif, son témoignage apporte un éclairage inédit sur la cité au soir de la Seconde Guerre mondiale, et mérite qu ‘on lui accorde, soixante ans après les faits, une attention toute particulière.
Afin de ne pas tronquer le récit original et, par la même occasion, ne pas trahir l’esprit du narrateur, nous avons choisi de publier cet entretien intégralement… en assumant bien volontiers les nombreuses imperfections de forme et de style que peut comporter cet exercice littéraire !

 

Jean-Pierre Dejoux, alias Jean Adloff, 1 RMSM
premier libérateur de la 2
e DB, entré à Molsheim le 24 novembre 1944

 

Je vais évoquer le 50e anniversaire de la Libération de l’Alsace, y compris Strasbourg, et la patrouille que nous avons faite sur Molsheim. A cette époque, j’étais affecté au 3e escadron du 1er Régiment de Marche des Spahis Marocains (1er RMSM), dont le patron était le capitaine Da. Dans cet escadron, il y avait trois pelotons et un peloton était traditionnellement composé d’une AM (automitrailleuse), d’un half-track2 et d’un char léger équipé d’un canon de 37 mm ou d’un obusier. Vous aviez donc un capitaine et trois lieutenants, chaque peloton étant commandé par un lieutenant ou un aspirant.

La progression vers Strasbourg
En novembre 1944, la 2e DB est stationnée au pied des Vosges et mise à la disposition du XVe Corps américain pour participer à la grande offensive qui devait aboutir à la libération de la plaine d’Alsace. Les opérations débutent le 13 novembre dans le secteur de Badonviller. Nous, les spahis, nous étions répartis dans toutes les unités, comme « troupes de reconnaissance » toujours à la pointe du combat. Le général Leclerc a demandé à trouver une ouverture dans les Vor-Vbgesenstellung4 en nous poussant un peu partout dans tous les coins. On a finalement réussi à trouver un passage à Cirey-sur-Vezouze, et nous nous sommes engouffrés dans cette trouée pour aller, de là, sur Lafrimbolle, Saint-Quirin, Walscheid.
Je peux vous dire que nous avons eu pas mal de pertes. Il y a eu des combats assez rudes : des camarades sont restés sur le terrain, mais c’était la guerre et il fallait y aller ! On a bousculé les Allemands tant qu’on a pu, car il ne fallait pas leur laisser une seconde de répit. De là, avec les unités du général Massu dont je faisais partie, on a passé Dabo sous la neige et, de là, nous sommes descendus sur Birkenwald, Romanswiller et Wasselonne.
Nous avons passé la nuit du 22 au 23 novembre à Romanswiller, où s’est d’ailleurs déroulé un épisode cocasse. A notre arrivée, il commençait déjà à faire nuit : nous étions au mois de novembre et, à cette époque de l’année, il fait nuit très tôt. On était à peine installé et certains d’entre nous commençaient à disposer des mines à même au sol pour se protéger d’une éventuelle contre-attaque. Tout à coup, on entend le bruit d’un moteur de voiture : c’était un officier allemand avec son ordonnance.
Quand ils ont vu les mines, ils se sont arrêtés et sont sortis de leur véhicule. On les a évidemment cueillis au passage, mais l’officier gesticulait en protestant : « Ah, mes valises, mes valises ! Ne touchez pas aux valises ! » J’ai dit : « Quoi les valises ? Ne vous inquiétez pas : on va bien s’en occuper »… Figurez-vous que les valises étaient pleines de billets allemands, sans doute destinés à la paie des militaires : il y avait je ne sais plus combien de milliers et de milliers de Reichsmark…
Le lendemain matin6, quand je rejoins mon half-track, j’aperçois dans la maison d’en face un Allemand qui était en train de se laver tranquillement. Je frappe au carreau et je lui dis : « Ben alors ! » Le type m’a regardé les yeux hagards, il a levé les mains et il est sorti : un prisonnier de plus, mais celui-là avait passé une bonne nuit !
Nous reprenons la route en direction de Wasselonne et, de là, nous rejoignons la RN 4 qui relie Saverne à Strasbourg. A la sortie de la localité, on a vu sur le bas-côté le véhicule blindé des fusiliers-marins qui, un peu plus tôt, avait été touché d’une roquette anti-char : il y avait eu trois morts. D’ailleurs les gens circulant de nos jours entre Marlenheim et Wasselonne doivent connaître, sur la droite, la stèle à la mémoire des trois soldats.

Nous avons dépassé ce véhicule qui brûlait encore à moitié et nous avons continué notre route vers Strasbourg, D’autres colonnes se sont alors éparpillées dans la nature, à partir de Marlenheim et à la sortie de Marlenheim. Moi qui étais du coin, je voulais tout de suite bifurquer à droite au Kronthal, mais on m’a dit : « Non, non, tu restes avec nous ! Pas question d’aller à Molsheim tout de suite : on verra ça plus tard ».
Après toutes ces péripéties, nous sommes seulement rentrés dans Strasbourg vers 17 heures, par la porte de Schirmeck. On a été accueilli par les Allemands encore retranchés dans la caserne, mais cela n’a pas duré bien longtemps. On leur a envoyé un coup de canon de 75 : ils sont tous sortis les mains en l’air et se sont rendus. Ça s’est terminé de cette manière et c’est finalement nous qui avons dormi cette nuit-là à la caserne…

En route vers Dorlisheim
Le jour suivant, le capitaine Da m’a appelé, sachant que j’étais de la région, et m’a demandé si je voulais participer à une patrouille dans le secteur de Molsheim-Obernai. C’était une simple patrouille destinée à tâter l’ennemi, pour savoir où il se trouvait et quelle était encore sa puissance. Comme les Allemands étaient complètement désorganisés, on ne savait pas très bien où ils se trouvaient et il fallait les localiser.
Nous avons quitté Strasbourg à 8 heures et pris la direction de Lingolsheim. Nous disposions d’un char léger de reconnaissance (mitrailleuse ou obusier) et j’étais accompagné d’un aspirant. Tout de suite derrière nous, il y avait une automitrailleuse et un half-track. L’ensemble de la patrouille formait un élément d’environ trente militaires.
Aucune difficulté dans la traversée d’Entzheim : tout se passe bien, la route était impeccable. La localité avait été contournée le 23 et les nombreuses pièces d’artillerie qu’il y avait à l’époque autour de l’aérodrome avaient déjà été détruites. Les Allemands étaient partis et il n’y avait plus personne.
En continuant notre route, nous atteignons Duppigheim où on entend un coup de feu. La colonne s’arrête et, sur le half-track, le serveur tourne sa mitrailleuse et tire quelques rafales. Deux jeunes gens arrivent alors en disant : « II y a quelques Allemands réfugiés dans l’église ». J’ai répondu : « Allez les chercher et faites-en ce que vous voulez… On ne va pas se déplacer pour trois Allemands ! » Mais, finalement, l’affaire s’est arrangée et les Allemands se sont rendus.
A Duttlenheim, même scénario : là aussi, on a eu droit à quelques coups de feu. L’aspirant nous a demandé d’aller voir ce qui se passait et nous avons fait le tour de l’église en jeep. Des habitants nous ont signalé que deux ou trois Allemands s’étaient retranchés dans le clocher. Après avoir tiré dans cette direction, nous avons ordonné aux tireurs embusqués de descendre rapidement. Ils ont été faits prisonniers et mis dans le half-track. Puis, nous sommes immédiatement repartis.
Aucun problème dans la traversée d’Altorf.
Arrivés au fameux carrefour de Dorlisheim, nous avons été arrêtés par un tir nourri de fusils et de mitraillettes. Tout à coup, nous avons entendu une mitrailleuse lourde quadruple qui commençait à tirer. Quand ils ont vu arriver la patrouille, les Allemands ont voulu tourner la pièce vers nous, mais ont un peu précipité le mouvement et l’engin a basculé dans le fossé… Comme la pièce était trop lourde, ils ne sont plus arrivés à la redresser. Un artilleur a quand même eu le culot de tirer une dernière rafale qui est passée au-dessus de nos têtes. On lui a envoyé une grenade et on n’a plus rien entendu : il était mort !
Voilà comment a été pris le carrefour de la Colonne, à Dorlisheim.
Une dizaine d’autres Allemands se sont rendus, dont un officier qui est arrivé avec sa petite sacoche de porte-cartes. Il a levé les mains et nous l’avons désarmé avant de l’installer sur le capot de la jeep ! Le pauvre bougre est ainsi entré à Molsheim, en est ressorti, et il nous a même accompagnés jusqu’à Strasbourg, toujours sur le capot… Il va sans dire qu’il faisait la grimace, car il n’avait pas chaud : il pleuvait ce jour-là et il faisait particulièrement froid.
De prime abord, l’officier était quand même arrogant. J’ai essayé d’engager la conversation : « Alors, pour vous la guerre est finie maintenant ? » Et il m’a répondu : « Vous savez, elle n’est pas terminée, car nous avons encore des armes secrètes » ! J’ai alors dit : « Dépêchez-vous de les employer parce que, pour le moment, il n’y a plus rien de secret : c’est vous qui êtes mis au secret » !
Je suis ensuite allé à pied voir le capitaine Da pour lui demander l’autorisation de pousser jusqu’à Molsheim où j’avais encore toute ma famille. Devant son refus, j’ai insisté un peu et, voulant probablement me faire plaisir, il a fini par me répondre : « Bon, mais juste à Molsheim : vous y allez, vous tournez et vous revenez. Je ne veux pas de pépins »… Ainsi, notre objectif n’était pas d’entrer dans Molsheim, mais simplement d’aller jusqu’à Dorlisheim et remonter ensuite sur Obernai.

 

 

 

L’entrée à Molsheim
Laissant le reste de la patrouille au carrefour, nous sommes donc entrés dans Molsheim avec trois véhicules, soit une dizaine de personnes : moi devant (dans la jeep), puis le char léger, suivi d’un half-track.
A la hauteur des usines Bugatti, nous avons surpris plusieurs Allemands qui, en nous voyant, ont couru dans tous les sens !
Une demi-douzaine d’entre eux ont sauté précipitamment par-dessus le haut mur qui entourait rétablissement.
J’aime mieux vous dire qu’ils ont été souples : ils ont plongé de l’autre côté et on ne les a plus revus ! Par contre, nous avons entendu des explosions dues aux grenades envoyées de l’autre côté du mur par mes compagnons “…

Arrivé à proximité de la gare, l’émotion m’a pris à la gorge et j’ai eu quelques larmes. Il est vrai que je n’avais pas vu ma ville natale depuis 1938 !
Nous n’avons eu aucun problème particulier à la hauteur de la voie ferrée. La gare était vide, il n’y avait aucun train : c’était le calme plat. Après le passage à niveau, nous continuons en direction du pont de la Bruche, laissant sur la droite l’embranchement de la route de Dachstein.

Sur la gauche, j’entends soudain s’ouvrir une porte cochère. Comme j’étais dans la jeep de pointe, je me suis retourné car il fallait constamment rester sur ses gardes : cela aurait pu être un ennemi ! Il s’agissait, en fait, d’un couple qui m’a reconnu et interpellé en allemand. Ces gens s’appelaient Boyon, mais j’ignore ce qu’ils sont devenus.
Nous avions fait à peine dix mètres qu’une motocyclette de la Wehrmacht traversa le pont et vint droit sur nous. Nous lui tirons dessus ; le motocycliste tombe ainsi que sa machine. J’ai appelé les Boyon en leur demandant de s’occuper du blessé, de le désarmer, de le soigner et d’enlever son engin de la route avant qu’il ne s’enflamme.
Je continue jusqu’au pont de la Bruche quand l’aspirant qui m’accompagnait dit soudain : « Non, Dejoux, arrêtez ! On ne sait jamais, le pont peut être miné ». J’allais descendre de la jeep pour voir si effectivement le pont était garni de mines lorsqu’on entendit, au loin une voiture arriver.

Comme j’étais à pied, et que la route faisait une petite boucle, je n’ai pas vu arriver le véhicule, contrairement au collègue qui était sur le char. Il s’appelait Garelli et, à Tépoque, n’habitait pas très loin de chez moi. Georges l’a donc vu du haut de son char et a commencé à lui tirer dessus à la mitrailleuse. La voiture s’est alors bloquée : est-ce que le chauffeur avait été tué ? Nous n’en savions rien parce qu’on n’avait pas encore traversé le pont, alors que le véhicule était arrêté, moteur éteint, de l’autre côté, vers le petit chemin qui rentre sur la droite.
Nous avons attendu une minute avant de voir une portière s’ouvrir et un officier allemand sortir de la voiture. D’après son uniforme, on a tout de suite jugé que c’était un officier. On a su par la suite que c’était le commandant de la place de Molsheim qui, je ne sais pas ce qu’il voulait faire…
Là aussi, Garelli s’est chargé de le neutraliser. L’autre a quand même eu le cran de lever sa mitraillette pour essayer de nous tirer dessus, mais il était trop blessé, Garelli a retiré et on l’a vu tomber. Quand nous sommes allés voir, le chauffeur était couché sur le volant, mort, et l’officier gisait derrière la voiture. C’était une sorte de petit véhicule de commandement tel qu’en avaient les officiers allemands.

Nous avons poursuivi la route en direction du Schmiedtor. En arrivant au pied de la tour, l’aspirant m’a dit : « Non, maintenant ça suffit : on tourne !» On a alors fait demi-tour… Il y avait des jeunes gens qui sont sortis du bistrot et qui m’ont reconnu mais, moi, je ne me rappelle plus du nom des gars. Je leur ai demandé d’aller prévenir mon oncle, Alphonse Adloff, et, effectivement, quelqu’un a dû le faire, car mon oncle a dit ultérieurement : « J’ai encore vu la dernière voiture sur le pont de la Bruche ». En repartant, j’étais le dernier et j’ai même essayé de ralentir pour l’apercevoir, mais je ne l’ai pas vu. Nous nous sommes encore arrêtés au véhicule allemand pour nous enquérir si l’officier et le soldat étaient bien morts. Effectivement, ils étaient morts.

En guise de conclusion
En fait, ce n’est pas la libération de Molsheim que je vous relate : c’est une patrouille qui a été commandée au départ de Strasbourg pour aller au carrefour de Dorlisheim, puis remonter en direction d’Obernai, pour finalement bifurquer à Bischoffsheim et reprendre la route de Sélestat avant de revenir sur Strasbourg.
Par la suite, j’ai demandé au capitaine Da à avoir une permission. Je voulais revoir ma famille que je n’avais pas revue depuis mon départ avant la guerre. Il m’a répondu : « Je vous donne 48 h »… C’était vers la fin du mois de novembre, mais je ne me souviens plus les dates exactes. Je suis venu en stop à Molsheim, libéré quelques jours plus tôt par les Américains. Il y avait des dizaines de véhicules : jeeps, automitrailleuses, half-tracks, chars. Bien entendu : matériel américain, ravitaillement américain, cigarettes américaines, chewing-gums américains. Tout était américain !
Voilà, je termine ici mon commentaire et pense ne rien avoir oublié. Et si, après tant d’années, j’ai omis quelque chose : c’est bien pardonnable…

 

Jean ADLOFF – Témoignage – Récit intégral

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La borne se trouve un peu avant l’angle de la rue de la Commanderie et de la rue des Vergers