67150 HINDISHEIM (Bas-Rhin)

Le 28 novembre 1944, la population d’Hindisheim, libérée par le sous-groupement Rouvillois, accueille une jeep “Presse cinéma” du SCA.
A bord du véhicule, Jacques Belin et Roland Lennad.

 

 

 

26 novembre 1944

 

 

EXTRAIT du JOURNAL DE MARCHE (J.M.O.) DU 2e ESCADRON DU RBFM

 

26 NOVEMBRE 1944

PREMIER PELOTON. – Le groupe de l’Aspirant Royer participe à la patrouille du Capitaine Troadec vers Illkirch et Graffestaden. Rentre à 16h30.

DEUXIEME PELOTON. – Le détachement D.A. a reçu pour mission de couper la route Obernai-Erstein, après avoir posé deux passerelles à Hindisheim, la route est atteinte au carrefour situé à 1,5 km à l’Ouest d’Erstein. Il fait nuit déjà. L’Enseigne de Vaisseau Gelinet avec ses deux T.D. “Marsouin” et “Phoque” constitue le plus gros de la défense.
Une première contre-attaque allemande a lieu vers 21h30. Un engin chenillé est mis en fuite par le “Marsouin”. Une deuxième contre-attaque a lieu un peu avant minuit, avec fantassins et chars. Un half-track est mis en feu, puis le “Marsouin” est touché par 88 et Bazooka. Il flambe. Provost et Nicolas sont tués. Les allemands tirent de tout près avec armes individuelles et Panzerfaust. L’ordre est donné de décrocher, ce qui n’est pas facile à exécuter. Tout se passe mieux qu’on aurait pu croire. Mais Slomski et Rayer sont portés disparus (Nous apprendrons en mars 1945 que Rayer est prisonnier dans un stalag).
Le groupe de l’Aspirant Maymil, pendant ce temps, occupait avec les Spahis le carrefour de Nordhouse. Contre attaque de même style vers 2 heures du matin. Mais le décrochage peut se faire plus tôt, et les pertes sont nulles.

Le peloton et le détachement D. A. se regroupent à Hindisheim.

RESTE DE L’ESCADRON. – Aérodrome de Neudorf.
Le “Canard” portant le Capitaine Branet participe à une expédition de reconnaissance effectuée par des chars en direction de Plobsheim.

 

 


Cette photo a été prise par le SCA probablement le 26 novembre à hauteur de l’actuel n°114 de la rue de la Gare à Hindisheim.

 

 

HINDISHEIM, un village sur l’Andlau

Les années de la guerre 1939-45

(Récit repris de la page Web : marie.talleu.free.fr)

 

Le développement outre-Rhin du 3ème Reich, créa également parmi la population de notre village de vives inquiétudes. Le traité de Munich de 1938 ne fut qu’un sursis et l’entrée des troupes nazies en Pologne provoqua la mobilisation générale en France, alliée de la Pologne, le 3 septembre 1939.

Comme dans tout le pays, cette décision gouvernementale fut à l’origine de graves perturbations dans la vie rurale de notre commune. Les hommes incorporés dans l’armée laissant les femmes, enfants et vieillards seuls à s’occuper des travaux agricoles en cours. L’exceptionnelle pluviosité de cet automne 1939 ne fit qu’aggraver la situation. Dès la fin du mois de septembre, une unité d’artillerie fut cantonnée dans notre village avec un grand nombre de chevaux logés par dixaines ou vingtaines dans des granges ou étables désaffectées. Les militaires avec leur attelage furent réquisitionnés pour aider dans les exploitations agricoles privées des hommes incorporés. Par manque de soins et de non-compétence des artilleurs, issus de tous les milieux sociaux, responsables des chevaux, ces derniers succombèrent en grand nombre et furent enterrés aux alentours du village.
Des journées avec 2 ou 3 enterrements de cadavres de chevaux furent normales. L’état des chevaux fut tel que je tiens à citer un extrait d’un poète allemand Ludwig Uhland qui dans son poème intitulé «Ein Schwabenstreich» décrit l’état exténué des chevaux au cours des croisades: « Den Pferden war’s so schwach im Magen fast musste der Reiter die Märre tragen» , c.-à-d.: «Les chevaux furent d’une telle faiblesse que les cavaliers durent presque porter leur monture».

Durant tout l’automne et aussi longtemps que les conditions atmosphériques le permirent, les militaires furent employés pour creuser des tranchées, des abris anti-artillerie et des postes de combats aux alentours du village, dans les vergers et les champs bordant directement les habitations sur le côté Est.

Cette situation dura tout l’hiver 1939-40 jusqu’au début du printemps. Avec l’offensive allemande en Belgique, et sur le front de l’Est, un grand va-et-vient en potentiel militaire marqua la vie quotidienne de la commune. Avec l’invasion progressive de la France par les troupes allemandes, les unités françaises se retirèrent et après l’armistice franco-allemand, signé par Pétain, les premières troupes allemandes pénétrèrent par la route de la Gare, en chantant et au pas cadencé dans notre commune. Restant quelques temps en cantonnement dans le village, ils furent tout de suite occupés à refermer les tranchées et postes de combats creusés par les soldats français.

Avec ce jour débute pour notre village une période des moins glorieuses de son histoire: l’occupation allemande. Cette période de pénurie en tous genres devait durer 4 longues années. La partie administrative de la commune fut confiée à un «Bürgermeister», en l’occurence Paul Binnert, agriculteur de notre village. Avec une compétence sans pareille, ce dernier géra la commune en évitant au mieux les chicaneries des occupants.

Un recensement de chiens

Pourtant, pendant ces années de disette devenues tristement célèbres par une guerre qui durait déjà des années, et avec l’arrivée des fâcheuses nouvelles de la mort des premiers “Malgré-Nous” dès 1943, je voudrais citer un épisode un peu moins triste. Au courant de l’été 1943 ou 44, je ne me rappelle plus exactement, l’armée d’occupation convie tous les propriétaires de chiens de Hindisheim, Limersheim et Hipsheim à présenter leur ami à quatre pattes. Le lieu de rendez-vous fut fixé à l’ancien hangar de la machine batteuse, là où se trouve actuellement le stade de l’US Hindisheim. Une commission se composant d’un officier-vétérinaire, de maître-chiens et d’autres officiers procédèrent à ce recensement, dans le but de réquisitionner des chiens de race, de préférence des bergers allemands pouvant être dressés pour des missions militaires. Quel spectacle! Surtout très amusant pour les enfants. Chacun venant avec son toutou, une panoplie canine sans pareilles orchestrée par un aboiement ininterrompu et très bruyant. Ce fut un spectacle unique.

L’espoir grandit

Depuis le débarquement des alliés le 6 juin 1944 en Normandie, l’espoir de la libération et de retrouver la liberté grandit de jour en jour. Les innombrables attaques aériennes des alliés ne firent que justifier ce sentiment d’un désir ardent de redevenir français.

Une de ces innombrables patrouilles de l’aviation alliée occasionna aussi des dégâts dans notre commune. Ce fut le dimanche 8 octobre, entre 11 et 12 heures, qu’un camion de la laiterie qui faisait sa tournée de ramassage entra par la route de la Gare au village. Vu l’omniprésence des chasseurs-bombardiers dans le ciel de cette belle journée d’octobre, ces derniers prirent certainement ce camion pour un véhicule militaire et en rasse-mote déchargèrent une rafale de leurs mitrailleuses, sans pourtant atteindre leur but, néanmoins une balle traçante se logea dans la grange remplie de paille et de foin de l’agriculteur Eugène Beyhurst, rue Principale n° 141 et déclencha aussitôt un incendie, qui malgré l’intervention rapide des sapeurs-pompiers locaux détruit et grange et dépendances, seule la maison d’habitation a pu être sauvée grâce à l’effort infatigable des pompiers soutenus efficacement par toute la population. Un deuxième foyer d’incendie se déclara dans les dépendances de la famille Issenhart, au n° 149 de la même rue, mais put être rapidement maîtrisé.

Dès la fin de l’été, les écoliers des dernières classes et tous les hommes valides furent mobilisés pour creuser des tranchées anti-char du côté de Limersheim. Un travail immense, qui fut complètement inutile, car heureusement aucune action défensive fut entreprise par l’armée allemande sur notre ban et par la suite ces tranchées ne servirent heureusement jamais.

Parfois quelques soldats fatigués, surtout parmi les moins jeunes, se laissaient aller à des confidences. Ils estimaient que la guerre était irrémédiablement perdue et que toute poursuite des combats était bien vaine. Il n’empêche, il restait quelques hommes persuadés que tout pouvait encore basculer. Mais à voir l’armement hétéroclite de cette armée en retraite, on ne pouvait guère douter de l’issue du conflit. Un groupe de soldats d’une unité du Génie reçut pour consigne de faire sauter les deux ponts du village, à savoir celui de l’Andlau à l’entrée Ouest, et celui beaucoup moins important de l’ancien Dorfgraben à la sortie Est, juste à côté de l’ancien forgeron communal qui depuis des décennies ferrait chevaux et bovins de nos paysans. Cette maison (actuellement propriété du Dr. Haberer) était à peine éloignée de 5 mètres du pont. On commença donc à discuter sur l’opportunité de cette destruction du pont du Dorfgraben. Les soldats avaient placé leur charge, deux bombes d’avion de 50 kg, la dynamite faisant défaut. En attendant, et vers 8 heures, les Allemands firent sauter le pont sur l’Andlau près de l’ancienne poissonnerie Issele.

Le dimanche matin, ce 26 novembre 1944, les riverains du pont sur le Dorfgraben furent invités, vers 9 heures, à quitter leurs maisons. L’ordre de destruction fut finalement donné et le second pont sauta. Les toitures furent en grande partie soufflées, mais les maisons à colombage résistèrent bien au choc.

Tout passage étant maintenant détruit, les Allemands se retirèrent du village, gagnant le village de Limersheim. Sur leur retraite ils coupèrent les gros arbres centenaires qui bordaient la route et qui devaient constituer autant d’obstacles à l’avancée des libérateurs.

Mais à peine le pont sur le Dorfgraben avait-il sauté, que les habitants confectionnèrent, à l’aide de planches, une passerelle qui allait permettre, dans un premier temps, aux habitants du faubourg de franchir la rivière pour assister à la messe le dimanche matin ou pour se rendre au centre du village.

Le 26 novembre 1944, enfin libéré

L’incécurité règna parmi la population.
Combien de tempe encore jusqu’à l’arrivée des soldats libérateurs?
Les Allemands vont-ils revenir?

Enfin, après une matinée pleine d’angoisse, une première unité de reconnaissance se composant d’un half-track (auto-mitrailleuse), d’une moto et de 5 jeeps arriva au pont détruit de l’Andlau.
Ce groupe de reconnaissance faisait partie du 3e escadron du 1 R.M.S.M. (Spahis marocains) de la 2e D.B. du Général Leclerc.

Ce 3e escadron était placé sous le commandement du Capitaine DA et se composait de 4 pelotons de 32 hommes, c’est-à-dire 128 hommes.
Chaque peloton comprenait 1 auto-mitrailleuse (half-track), 5 jeeps et 1 moto.
Après avoir participé à la libération de la capitale alsacienne et des communes du Kochersberg, les troupes de reconnaissance s’étaient mises en route le matin du 26 novembre à 7 heures, partant de la caserne des Gardes Mobiles de Strasbourg et progressant vers le sud-ouest, via Entzheim, Geispolsheim, Blaesheim, en direction de Hindisheim.
D’innombrables arbres abattus en travers de la route de Blaesheim à Hindisheim ralentissaient considérablement la progression des libérateurs.

Le peloton de reconnaissance qui arriva le premier au pont de l’Andlau était sous le commandement du Maréchal des Logis Robert Toutain.
Ce dernier épousa plus tard Joséphine Bottemer de Hindisheim et habite depuis la fin de la guerre dans notre village,

 

 

Un accueil chaleureux

Les villageois s’étaient rassemblés près du pont, ils amenèrent des poutres, planches etc … et installèrent une passerelle provisoire sur laquelle le Maréchal des Logis Toutain passa avec sa moto, suivi des jeeps pour entrer comme premier soldat français dans notre village après 4 années d’occupation nazie.

Tout le village était sur pieds. Une indescriptible explosion de joie emporta littéralement la population. Les femmes et jeunes filles, ainsi que les enfants, grimpaient sur les véhicules des libérateurs en leur offrant les dernières fleurs épargnées par les gelées qui marquèrent ce mois de novembre pluvieux. Le verre de l’amitié fut servi dans la rue dans une ambiance de gaieté et de joie suprême jamais connue depuis ce fameux 26 novembre 1944.

Entre-temps les permiers chars T.D. (45 tonnes) du Lieutenant De Gaulle, fils du Général De Gaulle, arrivaient au pont de l’Andlau accompagnés d’une unité du génie qui posa des poutrelles métalliques spéciales en travers de la rivière en cru, permettant ainsi aux chars et au matériel lourd de pénétrer dans le village.
Trois libérateurs tués le même jour Les troupes de reconnaissance, après avoir fait quelques prisonniers qui s’étaient cachés dans une grange dans l’intention de se rendre, continuèrent leur avance. Averti que la route de Limersheim était minée, le Maréchal des Logis Toutain, avec 3 copains, montèrent dans une jeep et allèrent jusqu’à la gare de Limersheim. Sur renseignements du chef de gare, des Allemands qui se trouvaient encore à Hipsheim, furent faits prisonniers par 2 gars du peloton. Il s’agissait de 5 hommes avec une mitrailleuse. Ensuite ce fut la poursuite jusqu’au pont de l’Ill à Nordhouse, qui lui aussi avait sauté. Les Allemands se trouvèrent de l’autre côté et les Français tentèrent de traverser en barques de pêcheurs. Un accrochage assez sérieux avec l’ennemi causa la perte de 3 soldats français. Faisant demi-tour, l’escadron se posta sur le chemin reliant Nordhouse à l’ancienne nationale 83, puis avança jusqu’à la gare d’Erstein où auprès de l’ancien restaurant Landmann un nouveau accrochage avec l’ennemi causa la perte d’un char et d’un half-trac.
La première nuit avec les libérateurs

Le capitaine DA passa la nuit du 26 au 27 novembre dans la maison de la boulangerie Bottemer, le lieutenant De Gaulle fut l’hôte de Mme Elise Kauss (épouse de Joseph Kauss, horticulteur et fondateur de l’actuelle horticulture Foessel, et le Maréchal des Logis Toutain se reposa quelques heures dans la maison de Auguste Freyd, une impasse de la rue du Moulin.

En tout, une trentaine de soldats passèrent cette première nuit dans Hindisheim libéré. L’électricité était coupée, et c’est à la lumière des bougies et lampes à pétrole qu’on commentait encore les événements de cette journée. Parfois arrivait l’écho de «La Marseillaise» où d’un chant français. Puis, au petit matin, vint enfin le sommeil. Mais tous ceux qui ont vécu ces événements les garderont gravés dans leur mémoire et leur coeur. Ce fut, sans aucun doute, la journée la plus importante de l’histoire de notre village pour ce XXe siècle !

Une contre-attaque allemande

Durant tout le mois de décembre le village vivra à l’heure des passages de troupes. Puis, soudain, début janvier, l’offensive allemande du Général von Rundstett perturba à nouveau la vie quotidienne du village. Ce fut d’abord l’afflux d’un grand nombre de réfugiés. Les communes du Ried fuyaient devant l’avancée allemande et cherchaient refuge dans des villages plus éloignés du front. Finalement l’offensive allemande fut stoppée au pont sur le canal de décharge de l’III à Krafft où on peut encore voir une petite plaque commémorative qui rappelle la défense héroïque des Français sur cette position.

Grâce au sacrifice de ces hommes, la percée allemande sur Strasbourg était brisée.

Retour à la vie normale

Vers le mois de février, les réfugiés regagnèrent au fur et à mesure leurs villages libérés, mais un cantonnement de troupes alliées fut maintenu à Hindisheim durant presque tout le printemps 1945. L’électricité revenue depuis quelque temps, les trains recommencèrent à circuler entre Mulhouse et Strasbourg et la vie quotidienne reprit.
Enfin, le 8 mai 1945, après presque 6 années de guerre, les cloches annoncèrent l’armistice et ce fut la Joie générale. Malheureusement notre commune fut terriblement éprouvée, 14 de ses fils ne revinrent plus des champs de bataille.
Inauguration du monument aux morts

La paix revenue, la reconstruction commença. L’industrie du bâtiment devint le fer de lance de la vie économique alors que l’agriculture se lançait dans la mécanisation de son outil de production. Et la mécanisation sera suivie par la restructuration des exploitations agricoles.


Louis PROVOST
R.B.F.M.

Mort pour la France le 26-11-1944 (Hindisheim, 67 – Bas-Rhin, France)

Né(e) le/en 02-05-1921 à Trébeurden (22 – Côtes-d’Armor (ex Côtes-du-Nord), France)

Carrière
Statut
militaire – Marine

Grade
matelot gabier

Unité
régiment blindé de fusiliers marins (RBFM) – 2e escadron

Mention
Mort pour la France

Cause du décès
carbonisé dans un char

http://ecole.nav.traditions.free.fr/fusilier_provost_louis.htm


 


Louis NICOLAS
R.B.F.M.

Mort pour la France le 26-11-1944 (Hindisheim, 67 – Bas-Rhin, France)

Né(e) le/en 11-09-1923 à Saint Pierre de Plesguen (35 – Ille-et-Vilaine, France)

Carrière
Statut
militaire – Marine

Grade
matelot fusilier

Unité
régiment blindé de fusiliers marins (RBFM) – 2e escadron

Mention
Mort pour la France

Cause du décès
carbonisé dans un char

COMBATS EN ALSACE

COMBATS EN ALSACE
27 novembre – 29 décembre 1944

 

Les quelques jours passés dans l’euphorie de la libération de Strasbourg n’empêchent pas toute la division de songer à une reprise imminente des combats ; la guerre n’est pas finie. Certains rêvent d’une nouvelle chevauchée de l’autre côté du Rhin, mais le Haut Etat-Major a d’autres vues. La Division est mise à la disposition du 6e CAUS et reçoit pour mission de progresser depuis Strasbourg entre le Rhin et les Vosges en détruisant les forces ennemies rencontrées jusqu’à la rencontre avec la Ire armée française qui, après avoir libéré Belfort et Mulhouse, avance lentement vers Colmar.
La surprise chez l’ennemi n’a pas duré longtemps. Le 27 novembre, un de ses éléments infiltré dans Strasbourg fait sauter le pont sur le bassin Vauban. Un peu partout, son artillerie demeure active et, le même jour, il lance son infanterie dans une contre-attaque depuis Erstein.
La Division est fatiguée par quatre mois de combats incessants qui ont mis à rude épreuve les hommes et le matériel. Les jeunes engagés ont comblé les pertes et, si leur courage n’est pas en cause, leur instruction militaire sommaire réalisée sur le tas ne donne pas aux unités la même capacité technique. Il pleut, il fait froid, la boue et l’eau envahissent tout.
28 novembre. Au matin, la 2e DB entame son mouvement offensif. Devant elle le terrain est coupé de canaux, de nombreux barrages ont été rompus, la campagne disparaît souvent sous plusieurs centimètres d’eau glacée. L’Ill déborde, les villages sont autant d’îles reliées par des chaussées en remblai obstruées d’obstacles, creusées d’entonnoirs, les ponts sont détruits et l’ennemi a truffé de mines et de pièges les points de passage possibles. La plupart des agglomérations sont énergique-ment défendues par un ennemi agressif, bien pourvu en moyens antichars et en artillerie. Ses quelques chars sont astucieusement employés dans la défensive, parfois dans la contre-attaque, aussi les pertes de l’assaillant sont-elles lourdes pour des gains de terrain minimes. L’avance est lente, pénible, coûteuse, après les exploits fulgurants des semaines précédentes, le moral n’y est pas.
Deux groupements tactiques progressent en tête vers Colmar. Le GTR devrait longer le contrefort des Vosges avec le groupement Langlade derrière lui. Le sous-groupement Morel-Deville, le plus à l’ouest, avancera par Molsheim, Obernai, Sélestat avec Minjonnet à sa gauche qui, sur un axe parallèle, ira, théoriquement, jusqu’à Sainte-Croix-en-Plaine.
Le GTD précédant de Guillebon attaque en direction de Neuf-Brisach, le long du Rhin ; Quilichini est chargé de cette mission, il a, à sa droite, le sous-groupement Didelot qui empruntera les départementales, à sa hauteur, jusqu’à Appenwihr.
Dès le premier jour, la résistance allemande se révèle très forte ; si les sous-groupements de l’ouest s’emparent de Zellwiller, ils échouent devant Stotzheim, au sud d’Obernai. A l’est, les combats sont vifs à la sortie d’Erstein et à Schaeffersheim.
30 novembre. Minjonnet enlève Stotzheim et, le long du Rhin, Quilichini réussit un joli coup à Gerstheim, détruisant quatre chars, faisant de nombreux prisonniers. Près de là, Rouvillois est arrêté à Obenheim, mais le pont sur le canal du Rhône au Rhin est pris intact.

Pendant toute la première semaine de décembre, le scénario ne change guère : char de tête sautant sur une mine, char détruit par un engin blindé ou un canon bien camouflé, tirs d’artillerie massifs, assauts que l’eau et La boue rendent lents, maladroits, d’autant plus meurtriers. Au mieux l’ennemi décroche et se replie grâce au brouillard épais qui masque ses mouvements jusqu’au village suivant .
Benfeld est occupé, mais le pont sur l’Ill est détruit.
2 décembre. Les Allemands contre-atta-quent durement vers Boofzheim ; Rouvillois enlève Friesenheim après de durs combats de rue, l’infanterie du GTV se bat au corps à corps en direction d’Herbsheim et de Sand dans un terrain truffé de mines.
Sur le flanc ouest, venant des Vosges, la 36e DIUS enlève Sélestat. Depuis le 6 décembre, la 2* DB est intégrée à la Ire armée française, ks contacts avec le général de Monsabert qui commande le 2e corps d’armée et son état-major manquent de chaleur. Entre Leclerc, le cavalier, et l’état-major du général de Lattre, le courant ne passe pas plus qu’entre de Lattre lui-même et celui qui est devenu son subordonné. Leclerc souhaite d’autres missions pour sa division, plus conformes à son tempérament et à ce qu’il considère comme la vocation d’une division blindée. Au niveau des états-majors resurgissent de vieilles jalousies, d’anciennes querelles que les hommes du terrain ont depuis longtemps dépassées.
C’est vrai que l’infanterie, élément essentiel dans cette phase de la campagne, fait cruellement défaut à la 2e DB ; le RMT, malgré l’extraordinaire courage de ses soldats, ressent l’usure, la fatigue, le poids des pertes. Le 9 décembre, le 1er régiment de chasseurs parachutistes est affecté à la Division, après avoir subi de très rudes épreuves dans les Vosges ; il partage dorénavant avec les marsouins du RMT les aléas de l’hiver alsacien et subira lui aussi des pertes importantes.
Du 7 au 12 décembre, la pluie et les inondations rendent les opérations impossibles pour les Français, mais elles n’empêchent pas les Allemands de reprendre Sélestat aux Américains pendant une longue journée inquiétante.
Le 13 décembre, sur l’ordre de Monsabert, le GTV attaque en direction de Neunkirch et de Witternheim, l’offensive est rapidement bloquée, l’artillerie allemande se révèle extrêmement puissante et efficace. Deux jours plus tard, deux bataillons ennemis et une dizaine de chars reprennent en partie le terrain durement gagné.
Le 16 décembre, la nouvelle de l’offensive, menée par von Rundstedt dans les Ardennes entre Bitche et Wissembourg, sème l’inquiétude. Jusqu’au 29 décembre, la 2e DB conserve ses positions ne menant que des opérations de détail comme le 27 décembre où deux escadrons de spahis enlèvent Ebersmunster dans un coup de main particulièrement audacieux. Les hommes de guerre entendent ne pas perdre la main. Le 29 décembre, la Division est mise à la disposition du 15e corps d’armée US.

(Source : Raymond MUELLE – LA 2ème D.B.)

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