PUTEAUX – (Hauts-de-Seine)

 

PUTEAUX

La Plaine-Saint-Denis

Dans l’après-midi et la nuit du 26, Roumianzoff a poussé au delà des portes, s’est établi à Saint-Denis, a porté des reconnaissances jusque vers Enghien.

Il a dû les retirer : encore une fois, l’ennemi raccommode sa déchirure, ramène une division du Pas-de-Calais, l’appuie à la forêt de Montmorency et au Bourget. Ces renforts, qu’on avait pu craindre de voir arriver à temps pour intervenir dans Paris même, doivent maintenant recueillir les éléments importants qui refluent encore par la boucle de Conflans, barrer les routes de Senlis et de Soissons, garder quelques jours l’indispensable vallée de l’Oise.
De leur nouvelle ligne, les Allemands reviennent sur les villages qui se sont spontanément libérés, cernent les F.F.I. dans les mairies, exécutent sommairement des otages ; leurs chars réapparaissent à Aubervilliers. Les coups de téléphone que nous recevons pendant ces heures-là sont souvent pressants et tragiques.

Tandis que le groupement Billotte reste en couverture à l’ouest de Paris (il va ensuite franchir le pont de la Défense et patrouiller la boucle jusqu’à Saint-Germain, Chatou et Aubevilliers) et que la 4e Division d’infanterie américaine attaque le bois de Vincennes, les groupements Langlade et Dio quittent dans la nuit du 26 au 27 leurs emplacements parisiens pour se partager la Plaine-Saint-Denis. Le Général y porte lui aussi son P. C., d’abord un débit dont la propriétaire, Bretonne à qui le bombardement de Fougères vient d’enlever ses deux parents, nous adopte tous et nous donne discrètement tout ce qu’elle a, puis la gare de marchandises, où nous nous étayons encore une fois sur les solides cheminots.

Les deux groupements attaqueront les 27, 28, 29 et 30 vers Montmorency et vers Gonesse, pour sortir des agglomérations et conquérir, entre la boucle d’Enghien et le canal de l’Ourcq, où opère la 4e Division d’infanterie américaine, une nouvelle base de départ. Certains combats seront encore meurtriers. Au Bourget, que Dio aborde à la fois par les lisières de Dugny et par la grande porte du terrain, l’ennemi occupe des tranchées aux lisières des hangars. Un flottement se produit chez quelques-uns des défenseurs, des drapeaux blancs s’agitent. Quand nos officiers s’avancent pour forcer la reddition, d’autres groupes fanatiques les prennent à parti. Sammarcelli, Kirch sont touchés ; le commandant Corlu, un de nos plus vieux compagnons, succombera demain à ses blessures.

Les chars de Gaudet reprennent l’attaque à bout portant. Le terrain est nettoyé impitoyablement. A la nuit, une dure contre-attaque y débouche : elle est menée par des renforts qui apprennent à la dernière minute (et à leurs dépens) la situation. Ils arrivent du Pas-de-Calais à bicyclette, croyant la route libre pour eux jusque et y compris Paris.
Le 30, enfin, nous serons dépassés par la 28e Division d’infanterie et la 5e Division blindée américaines, qui pousseront rapidement sur Senlis, Compiègne et sur l’Oise. La guerre quittait la région parisienne et s’avançait à grands pas vers l’est.

(Source: La 2e DB – Général Leclerc – En France – Combats et Combattants -1945)


 

Août 1944 : La Libération dans le secteur Puteaux-Neuilly

RTEmagicC_AD092_021Fi_0297_02.jpgParis et sa région s’enflamment au fur et à mesure de l’avancée des armées de libération en août 1944: les actes de sabotage se multiplient, des barricades sont érigées, les combats font rage… Les fichiers “Seine” et “Seine-et-Oise” du Comité d’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale conservés aux Archives Nationales et aux Archives des Yvelines évoquent quelques-uns de ces actes de résistance.

(…) Le jeudi 24 août, construction de barricades au rond-point des Bergères et sur les pentes du Mont-Valérien. A Neuilly, plusieurs compagnies de F.F.I. bloquent les accès de la Feldkommandantur (76 bld Victor Hugo) et surveillent la  “forteresse Montebello” (1).

Dans la nuit, fusillade violente aux alentours de la Défenseconstruction de barricades sur les ponts de Puteaux et de Suresnes, et renforcement de celles qui entourent le Mont-Valérien.

Le vendredi 25 août, au début de l’après-midi, le pont de Bezons et le pont de l’usine des eaux à Colombes sautent : tanks et soldats allemands convergent de la Porte Maillot, de Nanterre et de Puteaux vers le pont de Neuilly.

A Neuilly, arrivée des spahis et fusiliers marins du groupement du colonel Remy de la 2ème DB; avec les F.F.I. de la ville mais aussi de toutes les communes avoisinantes, et grâce aux renseignements que ceux-ci ont recueillis, après quatre heures de combat avenue de Madrid, les Allemands, retranchés à la Feldkommandantur, boulevard Victor-Hugo et à la “forteresse Montebello”, se rendent vers 19h ; 600 sont faits prisonniers. (…)

(1) Près de 4 000 Allemands vivaient à Neuilly, où s’était installée la Feldkommandantur de Paris-Ouest. L’ancienne propriété de la famille Montebello, située près de l’avenue de Madrid, servait par ailleurs de forteresse à 1 500 soldats qui y gardaient le plus important dépôt de munitions de la région parisienne.

En savoir plus sur le site Archives et Patrimoine des Hauts-de-Seine

(Source : https://www.nadinejeanne.com/2014/08/la-libération-dans-le-secteur-puteaux-neuilly.html)

Contexte historique

Dès le 25 août, en fin d’après-midi, de son PC de la gare Montparnasse, Leclerc sait que l’ennemi se renforce au nord de Paris grâce aux informations communiquées par les FFI. Au soir du 25 août, les troupes allemandes qui se trouvent à la périphérie de la capitale ne se sentent pas concernées par l’ordre de reddition signé par Von Choltitz. Le 26 août au matin, alors que la 2e DB se prépare pour le défilé sur les Champs-Elysées, Leclerc donne l’ordre au colonel Rémy, commandant du 1er régiment de marche des spahis marocains, d’organiser un puissant sous-groupement comportant des chars destroyers, des chars légers, des obusiers et des spahis portés, pour se porter sans délai dans la banlieue nord de Paris et « réduire soit par pourparlers soit par le feu les îlots de résistance qui existent encore dans la région Saint-Denis, Bourget, Aubervilliers, Enghien.. ». 

Confié au lieutenant-colonel Roumiantzoff, le sous-groupement se dirige vers le secteur en question. En même temps, le groupement tactique Billotte détache un groupe de reconnaissance en direction de l’aéroport du Bourget. Aux ordres du commandant de La Horie, celui-ci entre en contact avec l’ennemi et rend compte de son renforcement dans un rapport communiqué à 15h au 2e Bureau de la 2e DB. 

Le 27 août, depuis son nouveau poste de de commandement de la Porte de la Chapelle, le général Leclerc lance ses troupes suivant trois axes principaux. 
Entre Chatou et Puteaux, le groupe de reconnaissance ne rencontre aucune résistance allemande, à l’inverse des groupements Langlade et Dio se dirigeant vers le nord. Tenant solidement l’aéroport du Bourget, l’ennemi s’est également retranché sur les hauteurs du Blanc-Mesnil. 

Le groupement tactique du colonel Langlade est engagé le premier. Il est articulé en deux sous-groupements : Minjonnet et Massu. 
Le sous-groupement Minjonnet traverse Villetaneuse et atteint Montmagny vers 15h. Un détachement avec tank destroyer du RBFM pousse sur Enghien où trois blindés allemands sont détruits. 
Après avoir pris Stains vers 14h, le sous-groupement Massu se heurte aux positions allemandes de la Butte aux Pinsons. Le combat durera de 15h à 19h. A la nuit tombée, le sous-groupement atteint Pierrefitte où il se regroupe après que l’artillerie ait encore tiré sur des mouvements vers Sarcelles et Gonesse. 

A l’Est, Les tanks-destroyers de l’enseigne de vaisseau Philippe de Gaulle, appuyés par la 3e compagnie du régiment de marche du Tchad et des automitrailleuses parviennent à Dugny mais se heurtent aux défenses allemandes. L’accrochage est sérieux. L’ennemi finit par se replier. Mais à 23h30, les Allemands lancent une violente contre-attaque. Les grenadiers allemands sont repoussés, laissant de nombreux morts et un matériel important sur le terrain.

Le sous-groupement Noiret, quant à lui, a pour mission de s’emparer de l’aérodrome du Bourget mais est confrontée au franchissement impossible par les blindés de la rivière Morée. La section d’infanterie subit de lourdes pertes face à une forte résistance allemande. Le commandant Gaudet (4e escadron du 12e Cuirassiers) déborde alors l’ennemi par l’ouest pour réussir à passer l’obstacle de cette rivière. Pris à revers, les Allemands engagent pendant plus de six heures une lutte désespérée. Peu à peu, l’aérodrome est pris par les soldats de la 2e DB, souvent après des corps-à-corps sanglants. A 19h30, le feu cesse. Le sous-groupement Noiret, a rempli sa mission au prix de lourdes pertes. 

A l’extrême-droite de la division, le sous-groupement Rouvillois s’était pendant dirigé sur le Blanc-Mesnil. Grâce aux renseignements fournis par la Résistance, il a pu s’emparer de la ville sans combat. 

La ligne Arnouville-Gonesse n’est conquise que le 28 août. Le chef de bataillon Massu prend Sarcelles dans la matinée. Le 29 août, l’artillerie du groupement Langlade effectue un dernier tir sur une patrouille allemande au nord de Gonesse. Le lendemain, la 2e DB est relevée par le 28e division américaine qui avait défilé la veille dans Paris.

Jean-Charles Jauffret, “Les combats de la 2e DB au nord de Paris” in Paris 1944. Les enjeux de la Libération, Albin Michel, 1994.
Géral Duplay, “Combats de la 2e DB au nord de Paris” in Revue historique des Armées, n°3, 1974.

 

Panther détruit au Bois de BoulognePanther détruit au Bois de Boulogne

 

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